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Science — 12 min

Mieux comprendre le microbiome

12 avril 2019
Équipe Biron
info@biron.com

Nos intestins sont peuplés d’incroyables petites créatures! En fait, notre système digestif abrite toute une panoplie de microorganismes qui, mis ensemble, composent plus de deux kilos de bactéries déclinées en plus de 1000 espèces, à la fois différentes et bénéfiques. Des champignons, des levures, des virus et des parasites complètent ce mélange. Depuis notre naissance, nous portons en nous, mais aussi sur notre peau, un écosystème vivant et prospère : le microbiome.

On croit souvent à tort que toutes les bactéries et tous les virus sont nuisibles, alors qu’en réalité, sur les millions d’espèces répertoriées dans la nature, environ 1400 sont susceptibles de causer des maladies. À ce chapitre, de nouvelles études démontrent l’importance du bon équilibre et de la diversité du microbiome, et ce, non seulement pour notre santé digestive, mais pour notre bien-être en général.

Le microbiome représente donc un acteur essentiel de notre métabolisme. En plus de nous protéger des agents infectieux, il influence notre système immunitaire. S’appuyant sur la notion de plus en plus courante de l’axe « intestin-cerveau », de nouvelles études encourageantes suggèrent l’existence d’une corrélation entre la santé du microbiome et la qualité de vie en général, et même la dépression.

Comment puis-je assurer la santé de mon microbiome?

La réponse est simple : il n’existe pas d’idéal à atteindre. Votre microbiome vous appartient et, comme vous, il est unique. Il a grandi et évolué au même rythme que vous, en répondant le mieux possible aux besoins de votre corps. À ce chapitre, il nous reste encore beaucoup à apprendre sur sa composition et sur ce qui lui permet de s’épanouir. Pour en prendre soin, mieux vaut commencer par trois composantes essentielles : l’alimentation, l’exercice physique et les saines habitudes de sommeil. Ce trio influence directement la composition de votre microbiome. Autrement dit, une bonne santé intestinale commence par bien se nourrir et prendre soin de soi.

Par ailleurs, si vous êtes malade et devez prendre des antibiotiques, il est pertinent de demander à votre médecin si ce traitement peut potentiellement affecter votre microbiome ou entraîner des symptômes gastro-intestinaux.

Comme on le constate, le microbiome est un coffre au trésor s’ouvrant sur de passionnantes perspectives pour comprendre notre corps. Or, comme c’est souvent le cas, ces découvertes marquent aussi l’émergence de nouveaux marchés encore peu réglementés, qui proposent des compléments pour revitaliser le microbiome.

Est-ce une bonne idée de prendre des probiotiques?

Les probiotiques sont des bactéries bénéfiques. Ils constituent même l’une des principales composantes de notre microbiome, se retrouvant déjà eux-mêmes dans notre système digestif, sans aide particulière. Plusieurs recherches sont en cours pour déterminer si les probiotiques ingérés sous forme de compléments peuvent contribuer à combattre les infections, les problèmes intestinaux, les allergies ou d’autres aspects de notre santé.

À ce jour, les bienfaits des probiotiques n’ont pas encore été démontrés de façon définitive. Bien que certaines études aient établi des effets positifs, notamment dans le contrôle des diarrhées chez l’enfant[1] ou celles associées aux infections à C. difficile chez l’adulte[2], la grande variété des souches bactériennes utilisées dans les probiotiques disponibles commercialement ne permet pas de généraliser ces observations à tous les individus.

Au Canada, le marché des probiotiques sous forme de compléments n’est pas réglementé comme l’est celui des médicaments. Leur mise en marché impose aux manufacturiers de présenter des preuves de salubrité et d’innocuité, mais ne les oblige pas à se soumettre aux mêmes examens rigoureux d’efficacité que ceux imposés aux compagnies pharmaceutiques. Malgré cela, la très grande majorité des études a démontré qu’il n’existe pas de réel danger à prendre des probiotiques.

Cependant, comme la composition de notre microbiome est unique, il est peu probable que la prise d’une ou de quelques souches de bactéries provenant d’un probiotique puisse remplacer l’immense variété de microorganismes qui composent notre microbiome. En fait, une étude menée par une équipe de chercheurs israéliens a démontré que la prise de probiotiques après une antibiothérapie recréait effectivement un nouveau microbiome, mais retardait la recomposition du microbiome original[3].

En attendant que les études présentement en cours permettent de tirer des conclusions plus définitives, il est toujours souhaitable, surtout si vous subissez un traitement susceptible d’affecter votre système immunitaire, de demander conseil à votre professionnel de la santé avant de prendre des probiotiques[4].

Et les prébiotiques? Sont-ils bons pour ma santé?

Les prébiotiques sont des substances naturelles ou des suppléments qui ne sont pas altérés par leur passage à travers l’estomac et le petit intestin, pouvant ainsi servir de nutriments à certaines bactéries utiles du microbiome après leur fermentation et leur digestion dans le gros intestin. Les prébiotiques les mieux connus sont les oligosaccharides (quelques molécules de sucre rattachées les unes aux autres), comme l’inuline ou l’oligofructose, et les polyphénols.

Plusieurs aliments sont naturellement riches en prébiotiques, et un bon mélange de céréales complètes, de bananes, de légumes verts, d’oignons, d’ail, de soya et d’artichauts dans votre alimentation donnera en principe à votre intestin tous les prébiotiques dont il devrait avoir besoin. Si vous ne consommez pas suffisamment de ces aliments, il demeure possible de vous procurer des prébiotiques sous forme de suppléments. Il faudra cependant attendre les résultats des nombreuses études en cours avant de pouvoir préciser l’utilité respective de chacun des types de prébiotiques offerts sur le marché[5].

Et le yogourt? Et le kombucha?

Les fameuses « cultures vivantes », parfois mentionnées sur l’étiquette de nos pots de yogourt, font référence à l’ajout de probiotiques. Bonne nouvelle : la toute dernière version du Guide alimentaire canadien recommande toujours aux adultes de consommer de deux à trois portions de produits laitiers par jour, et la liste inclut les yogourts et le kéfir. Si vous aimez ces produits, continuez d’en manger... raisonnablement! Bon nombre de bactéries et levures contenues dans les aliments fermentés tels que le kombucha et le yogourt sont sensibles aux acides qu’elles rencontrent dans l’estomac. Or, théoriquement, plus la concentration de bactéries sera élevée dans le probiotique, plus grandes seront les chances que des bactéries vivantes se retrouvent dans les derniers segments de votre intestin. Rayon kombucha, aucun avantage n’est scientifiquement prouvé. Cependant, il est vrai de dire que les aliments et boissons fermentés peuvent constituer une source alternative de bactéries et de levures contribuant à la constitution du microbiome.

La plupart du temps, la consommation de probiotiques issus de ces sources est sans danger. Si vous aimez le kombucha, vous profiterez d’une bonne solution de rechange aux boissons gazeuses, souvent très riches en sucre. Notez toutefois que le kombucha fait maison a parfois entraîné de graves effets indésirables, fort probablement en raison d’une contamination au moment de la préparation. Autre conseil : oubliez dès maintenant le kombucha « pasteurisé » si vous souhaitez en tirer un quelconque bénéfice probiotique. Par définition, tous les microorganismes contenus dans les boissons pasteurisées sont morts, donc l’effet escompté ne se concrétisera jamais.

Votre microbiome vous remercie!

En conclusion, pour favoriser une bonne santé digestive, commencez par adopter une saine alimentation. Nous vous invitons également à suivre nos conseils pour une bonne nutrition et un sommeil réparateur. Et dans cette foulée, n’oubliez surtout pas de faire un minimum de sport.

  1. Cf. Valérie MARCHAND, « L’utilisation des probiotiques au sein de la population pédiatrique », Documents de principe [en ligne], 3 décembre 2012 (mis à jour le 25 février 2019), Ottawa, Société canadienne de pédiatrie, https://www.cps.ca/fr/documents/position/probiotiques-au-sein-de-la-population-pediatrique#, consulté le 19 avril 2019.

  2. Cf. Ann LÉVESQUE, Jean-Marc DAIGLE et Mélanie TARDIF, « Efficacité et innocuité des probiotiques en prévention des diarrhées associées à Clostridium difficile : revue systématique avec méta-analyses », État des connaissances [en ligne], juin 2017, Québec, Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, 58 p., https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Traitement/INESSS_Rapport_RS_probiotiques.pdf, consulté le 19 avril 2019.

  3. Cf. Niv ZMORA et al., « Personalized Gut Mucosal Colonization Resistance to Empiric Probiotics Is Associated with Unique Host and Microbiome Features », Cell [en ligne], vol. 174, no 6, 6 septembre 2018, Cambridge, Cell Press, p. 1388-1405, https://doi.org/10.1016/j.cell.2018.08.047, consulté le 19 avril 2019.

  4. Cf. Tina DIDARI et al., « A Systematic Review of the Safety of Probiotics » [en ligne], Expert Opinion on Drug Safety, vol. 13, no 2, 3 janvier 2014, London (UK), Taylor & Francis, p. 227-239, https://doi.org/10.1517/14740338.2014.872627, consulté le 19 avril 2019.

  5. Cf. David A. OSBORN et John KH SINN, « Prébiotiques chez les nourrissons pour la prévention des maladies allergiques et des allergies alimentaires », Cochrane Database of Systematic Reviews [en ligne], vol. 3, 28 mars 2013, Medford, Wiley, https://doi.org/10.1002/14651858.CD006474.pub3, consulté le 19 avril 2019 ; Yves DESJARDINS, « Chaire de recherche industrielle CRSNG-Diana Food sur l’effet prébiotique des polyphénols des fruits et légumes » [en ligne], Profil du titulaire, 20 mai 2014, Québec et Montréal, Science de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval et Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, http://www.nserc-crsng.gc.ca/Chairholders-TitulairesDeChaire/Chairholder-Titulaire_fra.asp?pid=1016, consulté le 19 avril 2019.

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