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Science — 8 min

La maladie de Lyme

02 avril 2019
Raymond Lepage, Ph. D., Docteur en biochimie
Raymond Lepage, Ph. D., Docteur en biochimie
Conseiller scientifique sénior

Qu’est-ce que la maladie de Lyme?

La maladie de Lyme porte le nom de la petite ville du Connecticut où on a observé une explosion de cas d’arthrite rhumatoïde chez des centaines d’enfants en 1975. Ce n’est que 7 ans plus tard qu’on confirmera que ces cas étaient dus à une infection bactérienne et qu’elle est transmise par une seule variété de tiques : la tique à pattes noires aussi appelée tique à chevreuil. Le territoire où des tiques contaminées sont présentes est également celui où abondent le cerf de Virginie (chevreuil) et la souris à pattes blanches, les deux principaux réservoirs de bactérie. En bonne partie suite au réchauffement du climat, le territoire de la tique s’étend d’année en année et a gagné à partir des états du Nord-Est américain (en particulier le Vermont et le Maine), l’Ontario et le Québec via la Montérégie et l’Estrie, les deux régions présentement les plus à risque. Des tiques contaminées ont également été identifiées dans les régions voisines comme le Centre du Québec ou le sud-ouest de l’Outaouais. Comme les tiques peuvent être transportées par les oiseaux, le risque, actuellement plus faible de contracter la maladie de Lyme dans les autres régions ira croissant avec le temps. Les tiques sont actives surtout pendant les mois d’été (juin, juillet et août), mais des infections peuvent être possibles lorsqu’il n’y a pas de neige au sol, d’avril à décembre. Environ 20% à 25% des tiques sont contaminées par la bactérie. Ce ne sont donc pas toutes les piqûres de tique qui entraîneront la maladie de Lyme. De plus, pour que la bactérie soit inoculée dans le corps humain, il faut que la tique ait été présente sur la peau pendant plus de 24 heures.

Une maladie sérieuse

Certains individus ne ressentiront aucun symptôme ou encore des symptômes très légers suite à une infection par la bactérie. La manifestation la plus spécifique de l’infection est l’apparition sur la peau d’une rougeur qui s’étend de jour en jour et qui atteint plus de 5 cm (2 pouces). Cette rougeur, appelée « érythème migrant » qui prend souvent, mais pas toujours, la forme d’une cible de tir apparaît entre 3 et 20 jours après la piqûre et est souvent accompagnée de symptômes d’allure grippale : fièvre, fatigue, douleurs aux muscles et aux articulations, maux de tête. Dans les semaines et les mois qui suivent, une infection non traitée pourra se manifester par une atteinte des nerfs du visage (paralysie de Bell), des douleurs et engourdissements des membres, une raideur de la nuque et des maux de tête, des troubles du rythme cardiaque et des douleurs articulaires qui se déplacent d’une articulation à l‘autre. Après plusieurs années, certains individus vont présenter des atteintes chroniques aux grosses articulations.

Pour plusieurs individus et certains professionnels de la santé, il existerait également une forme chronique de la maladie de Lyme qui pourrait se manifester plusieurs années après l’infection et qui se manifesterait par des symptômes moins spécifiques de fatigue chronique et douleurs musculaires et articulaires. Si les autorités médicales reconnaissent l’existence d’un syndrome post-traitement de la maladie de Lyme chez plusieurs individus, l’existence d’une forme chronique de la maladie est l’objet d’une forte controverse. La difficulté actuelle à identifier à coup sûr des traces de la présence de la bactérie après plusieurs années et la nature dangereuse du traitement consistant à utiliser des antibiotiques très puissants pendant plusieurs mois alimentent cette controverse.

Diagnostic et traitement de la maladie de Lyme

Dans la période s’étendant de quelques jours à trois semaines de l’infection, le diagnostic de la maladie de Lyme sera surtout basé sur l’apparition d’un érythème migrant chez plus de 80% des individus atteints. La combinaison de cet érythème avec une histoire de résidence ou de visite dans une région contaminée par la tique est suffisante pour établir le diagnostic et justifie d’entreprendre un traitement avec des antibiotiques sans confirmation en laboratoire.

Dans les régions endémiques du Québec, les autorités de la santé publique recommandent par ailleurs de ne pas attendre l’apparition des symptômes (érythème migrant, etc.) avant d’entreprendre un traitement préventif à la doxycycline si :

  • Il s’est écoulé moins de 72 heures depuis le retrait de la tique
  • La tique est restée accrochée pendant plus de 24 heures
  • Il n’y a pas de contre-indication à la doxycycline
  • La personne a été piquée dans les zones géographiques désignées.

Dans les situations moins claires (symptômes typiques, mais sans visite dans une région désignée, symptômes suggestifs mais absence d’érythème migrant, phases plus tardives de la maladie), on peut recourir à la détection dans le sang d’anticorps produits contre la bactérie. Les autorités sanitaires du Québec (LSPQ) n’autorisent que l’utilisation de l’approche dite à deux paliers : identification dans anticorps par technique immunoenzymatique suivi par la confirmation des résultats positifs par immunobuvardage (Western Blot). Certains tests proposés par des laboratoires américains et décrits comme utiles pour le diagnostic de la controversée forme chronique de la maladie de Lyme sont interdits.

Mesures préventives

Comme pour beaucoup d’autres maladies, la prévention demeure l’arme de prédilection pour éviter la maladie de Lyme. Il faut d’abord identifier si vous exercez des activités à risque dans une région désignée : randonnée à pied, pique-nique, observation d’oiseaux, jardinage ou golf près d’un boisé, cueillette de fruits sauvages et de champignons, etc. Certains emplois comme biologiste, agent de la faune ou toute autre activité en pleine nature sont évidemment à risque plus élevé.

Selon les agences de santé publique, l’autre volet de la prévention repose sur des mesures simples et efficaces :

  • Évitez les herbes hautes et portez des vêtements longs et de couleurs claires (pour mieux voir les tiques), portez un chapeau et des souliers fermés, limitez les zones de peau exposée et appliquez un chasse-moustique sur la peau non protégée.
  • Après l’activité, inspectez minutieusement votre corps et celui de vos enfants.
  • Utilisez un miroir ou l’aide d’une autre personne pour les parties moins visibles comme le dos ou le dessus de la tête.
  • Retirez immédiatement avec précaution toute tique présente sur le corps.
  • Examinez attentivement votre équipement et vos animaux de compagnie et idéalement, prenez une douche et un bain dans les deux heures suivant la fin de l’activité.

Ces simples mesures de précaution devraient vous permettre de bénéficier des nombreux avantages que procurent des activités de plein air en pleine nature!

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