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Science  —  10 minutes

Tests de dépistage de la COVID-19, comment s’y retrouver?

19 mai 2020
Raymond Lepage, Ph. D., Docteur en biochimie
Raymond Lepage, Ph. D., Docteur en biochimie
Vulgarisateur scientifique

Dès le début de la pandémie causée par le coronavirus (SARS-CoV-2), Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, a encouragé les pays du monde entier à réaliser des tests de dépistage de la COVID-19 à grande échelle. Ce cri du cœur a été repris au Québec par le docteur Michel Roger, directeur du Laboratoire de santé publique du Québec. [1]

« Testez, testez, testez », nous dit-on. Malheureusement, le processus est long et la quantité de tests est limitée parce qu’on craint de manquer de réactifs ou de matériel de prélèvement. Mais la situation pourrait changer avec l’homologation d’une nouvelle famille de tests, les tests sérologiques, qui nécessitent moins de réactifs et dont les résultats s’obtiennent beaucoup plus rapidement.

Deux types de tests aux particularités distinctes

D’un côté, il y a les tests d’identification directe du virus, depuis le début de la pandémie partout au Canada. À partir de sécrétions du nez, de la bouche et du pharynx, ils permettent de détecter la présence d’acide nucléique (ARN) du virus dans l’organisme. Si le test est positif, l’individu est contagieux, qu’il soit symptomatique ou pas. C’est actuellement la méthode de diagnostic la plus fiable, mais sa réalisation est longue et complexe.

Les tests d’identification directe du virus permettent de détecter la COVID-19 très tôt après l’infection et de recommander les mesures appropriées, comme l’isolement.

De l’autre côté, il y aura bientôt des tests sérologiques, dont une première version a été autorisée par Santé Canada le 13 mai 2020. Ce type de test ne détecte pas le virus comme tel, mais plutôt la présence d’anticorps développés par un individu infecté par le virus grâce à une analyse de sang. Les tests sérologiques sont simples et certaines applications produisent des résultats en moins de 15 minutes. Cependant, comme les anticorps sont détectables à deux semaines après le début de l’infection (parfois plus), un résultat négatif ne veut pas nécessairement dire qu’une personne n’est pas infectée et surtout infectieuse.

Les tests sérologiques permettent de détecter les anticorps qui démontrent qu’une personne a été exposée à la COVID-19 à un moment ou un autre.

Attention aux tests en vente sur le Web!

De plus en plus, on retrouve sur le Web des tests sérologiques qui vous promettent des résultats « garantis à 100 % » en 15 minutes à partir d’une simple goutte de sang. Il est fortement déconseillé de commander ces trousses de dépistage, aucune d’entre elles ayant été approuvée par Santé Canada (en date du 15 mai 2020). Pour savoir quels tests sont approuvés, consultez la page de Santé Canada à ce sujet.

L’une des limites du test sérologique, c’est que cela peut prendre de deux à trois semaines après avoir contracté le virus pour qu’il révèle que vous avez été infecté. Si vous faites ce test durant la première semaine d’infection, un résultat négatif pourrait vous donner la fausse impression que vous n’êtes pas atteint et, surtout, que vous n’êtes pas contagieux! En baissant votre garde, vous deviendrez un parfait vecteur de transmission du virus.

À lire aussi : Vaccin contre la COVID-19 : pourquoi est-ce si long?

Les tests d’identification directe du virus

Les tests basés sur la confirmation de la présence du virus dans les sécrétions nasopharyngées/oropharyngées (nez, bouche et pharynx) prélevées à l’aide d’un écouvillon (long coton-tige) constituent définitivement la technique de dépistage la plus fiable. Le virus est identifié grâce à son chromosome (ARN) par la technique du PCR (Polymerase Chain Reaction), qu'on appelle aussi TAAN (technique d’amplification des acides nucléiques). C'est l'approche qui est utilisée présentement dans les laboratoires québécois.

Une autre technique plus poussée, appelée séquençage de l’ARN viral, permet d’obtenir une confirmation du diagnostic (on parle alors de vrai positif), mais elle n’est offerte que par très peu de laboratoires au Canada, notamment par le Laboratoire de microbiologie national de Winnipeg. Au début de la pandémie, tous les tests devaient être confirmés à Winnipeg, ce qui prenait quelques jours de plus avant d’obtenir le résultat. Devant le taux élevé de concordance avec les tests faits en première ligne, les autorités de santé publique du Québec ont annulé cette étape de confirmation pour accélérer le processus.

Mais on ne se le cachera pas : la procédure demeure lourde, et le temps requis pour réaliser le test en laboratoire est long (plusieurs heures). Le test à PCR requiert des équipements sophistiqués et dispendieux qu’on ne trouve que dans des laboratoires spécialisés, comme le Laboratoire de santé publique du Québec, des laboratoires d’hôpitaux universitaires et certains laboratoires privés. Il nécessite également deux types de réactifs : un réactif pour extraire l’ARN du virus et un réactif pour le détecter.

Rapidement, les milieux de la santé se sont inquiétés de la rareté de ces réactifs, notamment celui pour l’extraction de l'ARN du virus. En raison des risques de pénurie, les autorités de santé publique ont limité considérablement l’accessibilité au test, au grand désarroi de plusieurs. Toutefois, le 8 avril dernier, la compagnie française Biomérieux annonçait qu’elle allait donner la recette du précieux réactif au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, ce qui a permis d’améliorer la situation. [2] Mais les risques de pénurie de matériel, comme les écouvillons, ou encore la disponibilité du personnel capable d'effectuer des prélèvements, ont aussi un impact sur la quantité de tests réalisés.

Le test à PCR n’est pas parfait  non plus, comme en témoignent le taux élevé de faux négatifs. Ce taux n’est pas encore établi avec certitude, mais, selon la seule étude réalisée en Chine, il pourrait atteindre 30 % ! [3] Ce qui veut dire qu’un individu infecté sur trois recevrait un résultat négatif et ne serait pas mis en quarantaine ! On croit toutefois que ces faux négatifs seraient dus aux prélèvements (faible taux de virus en début de maladie, prélèvement insuffisant de sécrétions, problèmes de transport et de conservation) plutôt qu’au test comme tel.

Pour régler ces différents problèmes, on mise sur une version rapide des tests à PCR qui fournit les résultats en moins de 30 minutes et peut être réalisée en dehors des laboratoires traditionnels. Deux de ces dispositifs sont approuvés par Santé Canada dont un, le cube Spartan qui est approuvé pour des fins de recherche uniquement, est fabriqué en Ontario. [4] Ces dispositifs seront particulièrement utiles dans les régions éloignées ou dans toute situation où un résultat « immédiat » est souhaitable, comme dans les CHSLD et autres résidences pour personnes âgées. Ces instruments ne produisent cependant qu’un seul résultat à la fois et ne peuvent donc pas être utilisés pour tester un grand nombre d’individus.

Une autre voie prometteuse est celle des tests antigéniques qui utilisent aussi des prélèvements du nez, de la bouche ou du pharynx pour identifier des protéines spécifiques au virus (antigènes viraux). Ils permettent donc de dépister les individus porteurs du virus, mais ils sont moins complexes et moins dispendieux que les tests à PCR. Ils peuvent être effectués hors des gros laboratoires universitaires, parfois directement au chevet des patients, et les résultats sont fournis en très peu de temps, souvent une quinzaine de minutes. Il reste à voir si leurs taux de faux négatifs et de faux positifs sont suffisamment bas pour justifier leur utilisation à grande échelle.

À lire aussi : Apnée du sommeil et COVID-19 : quelles sont les précautions à prendre?

Les tests sérologiques

Les autorités de santé publique fondent beaucoup d’espoir sur les tests sérologiques pour compléter leur arsenal dans la lutte contre la COVID-19. Contrairement aux tests d’identification du virus, les tests sérologiques permettent de mesurer les anticorps produits par le système immunitaire en réponse à l’infection par le virus. On peut donc déterminer si une personne a déjà été exposée au virus et a développé des anticorps.

De plus, les tests sérologiques sont simples, ils peuvent être réalisés dans les laboratoires de tout niveau et même, sous supervision adéquate, directement dans des cliniques et autres points de service. Dans certains pays, des trousses peuvent être utilisées par les individus pour se tester eux-mêmes à partir d’une goutte de sang. La méthode à domicile est toutefois déconseillée par de nombreuses autorités de santé publique.

Les tests sérologiques ne sont pas nouveaux. Ils sont utilisés depuis des dizaines d’années pour confirmer certaines infections bactériennes et virales récentes ou anciennes (hépatites A, B ou C, VIH, rubéole, rougeole, etc.). Le fonctionnement est simple. Quelques jours après le début de l’infection, le corps produit d’abord des anticorps IgM spécifiques au virus ou à la bactérie, puis des anticorps IgG qui seront présents pendant plusieurs semaines après l’infection.

Selon une étude chinoise [5], le test sérologique détecterait des IgM chez 29 % des individus atteints de la COVID-19 dans les 7 premiers jours de l’infection, et ce pourcentage augmenterait à 73 % dans la semaine suivante. Pour les IgG, les résultats seraient positifs pour 19 % des infections lors de la première semaine et pour 54 % d’entre elles lors de la deuxième semaine.

En raison des faibles résultats au début de l’infection, les tests sérologiques ne sont pas recommandés pour diagnostiquer l’infection lors des deux premières semaines l’apparition des symptômes. Éventuellement, des tests sérologiques quantitatifs pourront indiquer que la concentration des anticorps anti-COVID-19 dans le sang est suffisamment élevée pour confirmer que vous êtes bel et bien guéri de votre infection, n’êtes plus infectieux et que vous êtes, au moins pour un certain temps, immunisé contre toute nouvelle attaque par le virus.

Le faible coût de ces tests, leur facilité de dosage et de prélèvement (simple prélèvement sanguin se limitant souvent à une seule goutte de sang au bout du doigt), et surtout la possibilité d’en effectuer des millions grâce à l’automatisation des dosages constituent de nets avantages dans le dépistage de masse de la COVID-19. C’est pourquoi l’homologation par Santé Canada d’un premier test sérologique était attendue avec impatience. [6]

Les tests sérologiques vont probablement se révéler de véritables alliés dans le contrôle de la pandémie et, de toute évidence, dans la reprise graduelle des activités sociales et commerciales. Ils permettraient de mieux comprendre comment la pandémie se répand, de connaître la durée de la protection offerte par les anticorps et, quand un vaccin sera disponible, d’identifier les individus déjà immunisés afin de mieux cibler les populations qui devraient être vaccinées en priorité.

Entretemps, aucun test de laboratoire ne remplacera les mesures de protection mises de l’avant par les autorités de la santé publique : confinement, distanciation sociale, lavage fréquent des mains et port d’un masque même fait maison lorsque la distanciation de deux mètres ne peut être respectée, notamment lorsqu’on fait son épicerie ou qu’on utilise les transports en commun. [7]

Biron offre le dépistage et les tests sérologiques pour la COVID-19. Contrairement au test sérologique, le test de dépistage ne nécessite pas d’ordonnance médicale. Pour plus de détails, cliquez ici.

  1. Benoît Gareau, « Testez, testez, testez! ». La Presse, 23 mars 2020, https://www.lapresse.ca/debats/opinions/202003/22/01-5265929--testez-testez-testez-.php
  2. Katia Gagnon, « Un géant français fait don de sa recette secrète au Canada ». La Presse, 8 avril 2020, https://plus.lapresse.ca/screens/a9487334-1173-4d99-9d8b-edc5362a2ee6__7C___0.html
  3. AFP, « COVID-19 : 30 % des malades non détectés par les tests actuels ». Journal de Montréal, 2 avril 2020, https://www.journaldemontreal.com/2020/04/02/covid-19-30-des-malades-non-detectes-par-les-tests-actuels
  4. Stéphanie Marin, « Un test rapide et portatif de dépistage approuvé par Santé Canada ». La Presse, 13 avril 2020, https://www.lapresse.ca/covid-19/202004/13/01-5269115-un-test-rapide-et-portatif-de-depistage-approuve-par-sante-canada.php
  5. AssayGenie, « Antibody Responses in COVID-19: Seroconversion Implications in SARS-CoV-2 Diagnostic Testing », https://www.assaygenie.com/antibody-seroconversion-response-in-covid19 (consulté le 17 avril 2020)
  6. Louis Gagné, « Québec va adapter sa stratégie de dépistage ». La Presse, 6 avril 2020, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1691546/depistage-covid-19-tests-aleatoires-serologiques-gouvernement-quebec-patients-asymptomatiques
  7. Hélène Buzetti et Marie Vastel, « Ottawa conseille finalement de porter un masque ». Le Devoir, 7 avril 2020, https://www.ledevoir.com/politique/canada/576569/ottawa-conseille-finalement-de-porter-un-masque*