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Santé connectée — 13 min

La révolution du téléphone intelligent: 5 innovations au bénéfice de votre santé

03 juillet 2019
Roger Simard
Aviseur, Santé numérique et pharmacien

Depuis 1985, notre époque est caractérisée par la révolution de l’information, propulsée par l’Internet et les médias numériques. Cette révolution, tout comme les précédentes, a des répercussions importantes sur presque toutes les facettes des activités humaines. Le plus remarquable, c’est la rapidité avec laquelle l’innovation est adoptée. Alors qu’on a dû attendre 36 ans pour voir le téléphone filaire déployé auprès du quart de la population aux États-Unis, il n’aura fallu que 7 ans pour l’Internet, et 2 ans pour le téléphone intelligent, pour atteindre le même pourcentage d’utilisation.

Le cas du téléphone intelligent est particulièrement intéressant, car, bien qu’on utilise le mot téléphone pour le décrire, l’utilisation que l’on en fait implique de moins en moins la transmission de la voix pour communiquer avec l’extérieur. Du message texte à l’utilisation du GPS en passant par le stockage et l’écoute de notre musique jusqu’à l’utilisation d’un écosystème extrêmement développé d’applications mobiles, le téléphone intelligent est devenu un appendice, une prolongation de nous-mêmes, dont nous sommes devenus très dépendants. Il a remplacé nos caméras, nos lecteurs MP3, notre système de géolocalisation dans la voiture et plusieurs autres appareils[1]. Mais l’une des utilisations les plus surprenantes est sans doute celle qu’on en fait en ce moment dans le domaine de la santé. Et cette merveille de la technologie n’a pas fini de nous étonner !

Porter un électrocardiographe à votre poignet, c’est possible !

La puissance du téléphone intelligent, l’amélioration de son microphone, la précision de sa caméra sont autant d’éléments qui permettent aux fabricants de repousser les limites du diagnostic médical, de partager certains éléments de notre dossier médical et même de traiter certains problèmes de santé.

Prenons l’exemple de la fibrillation auriculaire, un trouble du rythme cardiaque. Il y a quatre ans, AliveCor, une jeune entreprise américaine mettait en marché un dispositif* qui permettait de dépister avec une grande précision la fibrillation auriculaire, une arythmie qui peut provoquer un accident vasculaire cérébral, un infarctus ou une embolie pulmonaire. Comme la fibrillation auriculaire peut être asymptomatique (on ne ressent aucun symptôme), il est possible d’en être atteint sans qu’on le sache. On appuie un doigt de chaque côté du dispositif pour créer un tracé, qui peut être visualisé à l’aide de Kardia, une application mobile que l’on télécharge sur un téléphone intelligent à partir de l’App Store ou de Google Play. Trente secondes plus tard, cette application indique si le résultat du test est positif ou négatif et peut contribuer à dépister un problème de santé qui se traite médicalement.

Trente secondes plus tard, cette même application indique si le résultat du test est positif ou négatif et peut contribuer à dépister un problème de santé qui se traite médicalement.

Déjà révolutionnaire il y a quatre ans, ce dispositif a évolué pour devenir une électrode intégrée au bracelet de la montre Apple puis, coup de tonnerre, intégrée dans la montre Apple, une nouveauté présentée en août 2018 et commercialisée dans les jours qui ont suivi. Les fonctionnalités de moniteur cardiaque, qui ont été activées au Canada lors la mise à jour du logiciel du système d’exploitation de la montre à l’été 2019, ont été homologuées par Santé Canada.

Donc, l’électrocardiogramme qui, jusqu’à l’apparition de ces dispositifs, devait être réalisé avec un appareil encombrant et installé par un technicien spécialisé est devenu une nouvelle fonctionnalité de la montre que nous portons au poignet.

Dépister un mélanome avec la lampe du téléphone intelligent

Un autre exemple de la polyvalence du téléphone intelligent est sa capacité à se transformer en otoscope, en ophtalmoscope ou en dermatoscope.

Des dispositifs* comme Oto de Cellscope, D-Eye ou Molescope peuvent être installés à l’arrière du téléphone et utilisés avec la lampe de celui-ci pour examiner le fond de l’oreille ou de l’œil ou encore dépister un mélanome.

Mais le plus fascinant, c’est la possibilité de jumeler les photos ou les vidéos effectuées à l’aide de ces accessoires avec d’autres, puis d’utiliser l’intelligence artificielle pour établir un diagnostic extrêmement fiable. La première application de l’intelligence artificielle homologuée par la FDA aux États-Unis en septembre 2018 touche d’ailleurs le diagnostic de la rétinopathie, une des complications du diabète. Cela laisse entrevoir la possibilité de réaliser ce test dans un très grand nombre d’endroits sans avoir besoin de l’équipement sophistiqué des ophtalmologistes.

Diagnostiquer la pneumonie chez les bébés… et bientôt les maladies pulmonaires et cardio-vasculaires

Un autre aspect intéressant du téléphone intelligent tient dans l’exploitation de ses composantes d’origine*, comme le microphone, à des fins diagnostiques.

L’entreprise australienne ResApp Health a utilisé le son produit par la toux d’un bébé pour diagnostiquer la pneumonie là où l’accès à des ressources médicales était limité[2].

D’autres groupes ont démontré que la voix pouvait être utilisée pour le diagnostic de maladies cardiaques[3]. Il est donc raisonnable de croire que les assistants vocaux comme Siri, Alexa et autres deviendront très bientôt de puissants alliés dans le diagnostic des maladies pulmonaires et cardiovasculaires.

Dépister une infection urinaire : enfin, un test maison !

Vous êtes à la maison et croyez avoir une infection urinaire ? Il est possible d’utiliser des bandelettes* de l’entreprise inui Health pour effectuer cinq tests différents et utiliser votre téléphone comme laboratoire pour obtenir un diagnostic[4]. Et ce n’est que le début…

Consulter son professionnel de la santé sans se déplacer

Ce n’était qu’une question de temps avant d’utiliser son téléphone pour parler à son médecin, à son psychologue ou à son coach – et même le voir. On ne compte plus le nombre de plateformes* sécurisées qui permettent aux patients de consulter des professionnels de la santé au moment de leur choix, sans avoir à se déplacer.

Il est facile d’imaginer toutes les possibilités que la télésanté offrira, surtout si elle est couplée aux appareils décrits précédemment.

De plus, grâce à la technologie Bluetooth, il est possible de jumeler tensiomètre, glycomètre et balance au téléphone intelligent, ce qui permet d’effectuer le suivi à distance des personnes atteintes de pathologies chroniques. En effet, une fois les paramètres biométriques enregistrés dans le téléphone du client (tension artérielle, glycémie et poids), les professionnels de la santé peuvent aisément y accéder en synchronisant l’information à un tableau de bord mobile qui leur permet de suivre plusieurs personnes en même temps.

Et demain ?

Un autre outil présent dans le téléphone intelligent, l’accéléromètre*, qui permet d’évaluer la vitesse à laquelle nous marchons, courons ou conduisons, s’avère extrêmement utile pour suivre et ajuster l’effet de la thérapie chez les personnes atteintes de Parkinson. La précision de l’accéléromètre permet de caractériser les tremblements associés à cette maladie et ainsi évaluer l’efficacité des médicaments utilisés pour les contrôler.

Mais là où l’utilisation de notre téléphone intelligent prend un sens profond, c’est lorsque le nombre de mots utilisés dans nos messages texte, la rapidité avec laquelle nous les rédigeons, le son de notre voix, le type d’activité physique et plusieurs autres sont combinés, analysés puis interprétés pour ainsi constituer notre « phénotype numérique ». Il s’agit d’une sorte de signature unique qui permettra d’évaluer notre santé mentale et physique ou encore de prédire avec certitude des événements à venir ou de recommander des comportements à adopter. Chimère ? Déjà plusieurs entreprises y travaillent[5].

On peut donc prévoir que, dans un avenir rapproché, notre téléphone intelligent ne nous semblera plus indispensable, il le sera véritablement.

*Les renseignements indiqués sur cette page sont fournis à titre d’information seulement. La performance des applications et des produits présentés peut varier ou parfois n’avoir pas fait l’objet d’une évaluation adéquate par le fournisseur. Consultez toujours un professionnel de la santé pour obtenir des informations personnalisées à votre situation.

  1. OpinionWay pour Volpy, Les objets remplacés par les smartphones [PowerPoint en ligne], avril 2017, Paris. [https://www.grazia.fr/lifestyle/high-tech/le-top-10-des-objets-qui-ont-ete-remplaces-par-nos-smartphones-869703] (consulté le 3 juin 2019).
  2. ResApp Health, ResApp Announces Positive Top-line Results from Australian Prospective Paediatric Clinical Study [communiqué en ligne], 3 septembre 2018, Brisbane. [https://www.resapphealth.com.au/resapp-announces-positive-top-line-results-from-australian-prospective-paediatric-clinical-study/] (consulté le 3 juin 2019).
  3. Elad, Maor et coll., « Voice Signal Characteristics Are Independently Associated With Coronary Artery Disease » [article en ligne], Mayo Clinic Proceedings, juillet 2018, vol. 93, no 7, p. 840-847. [https://www.mayoclinicproceedings.org/article/S0025-6196(18)30030-2/abstract] (consulté le 3 juin 2019).
  4. Comstock, Jonah, « Inui Health, formerly Scanadu, announces FDA-cleared home urine testing platform » [article en ligne], MobiHealthNews, 18 septembre 2018, Boston. [https://www.mobihealthnews.com/content/inui-health-formerly-scanadu-announces-fda-cleared-home-urine-testing-platform] (consulté le 3 juin 2019).
  5. Piller, Charles, « We touch our phones 4,000 times a day. Can this behavior predict mental illness? » [article en ligne], STAT, 7 août 2017, San Francisco. [https://www.statnews.com/2017/08/07/mindstrong-insel-mental-illness/] (consulté le 3 juin 2019).

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