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La dépression : causes, symptômes et traitement adapté

21 janvier 2025

Michel Cameron, Ph. D.
Michel Cameron, Ph. D.
Directeur adjoint, pharmacogénomique, liaison en sciences médicales
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La dépression ne se résume pas à « être triste ». Elle s’infiltre dans le quotidien, parfois sans bruit. Répondre à un courriel peut sembler insurmontable. Préparer un repas demande une énergie qu’on n’a plus. Même des activités simples – sortir marcher, voir des proches, prendre une décision – deviennent lourdes.

Contrairement à une tristesse passagère, lorsque cet état persiste, il peut avoir des répercussions importantes sur la qualité de vie. Il peut entraîner des épisodes dépressifs plus longs et plus sévères, de nouveaux problèmes de santé, fragiliser les relations avec la famille et les amis, et, dans certains cas, mener à des idées suicidaires.

Si vous sentez que vous n’arrivez plus à faire face seul(e), de l’aide est disponible immédiatement. Partout au Canada, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en français et en anglais, vous pouvez appeler ou texter le 9-8-8 pour obtenir du soutien.

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Aussi difficile que la dépression puisse paraître, il s’agit d’une maladie hautement traitable. Les états dépressifs sont documentés médicalement depuis des millénaires, notamment depuis Hippocrate dans la Grèce antique. Aujourd’hui, la dépression est un diagnostic bien établi, avec des critères précis définis dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, cinquième édition (DSM-5). Elle peut être pris en charge efficacement en suivant des lignes directrices cliniques reconnues, telles que les lignes directrices du CANMAT (Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments), reconnues à l’échelle internationale.

À la suite d’un traitement efficace, les personnes retrouvent généralement leur niveau de fonctionnement habituel et leur état émotionnel de base. Cette amélioration est souvent étroitement liée à la reconstruction de l’identité, à la confiance en soi et à la capacité de poursuivre ses objectifs personnels.

En cas de dépression légère, la psychothérapie est le traitement privilégié et peut être combinée à l’activité physique pour en maximiser les bienfaits [1]. Pour les épisodes dépressifs majeurs modérés à sévères, les stratégies les plus efficaces reposent généralement sur une combinaison de psychothérapie et de médicaments antidépresseurs [1].

Les approches thérapeutiques varient selon le type de dépression et la présence éventuelle d’autres troubles, comme l’anxiété. De façon générale, les antidépresseurs visent à rétablir l’équilibre de certaines substances chimiques du cerveau impliquées dans la régulation de l’humeur.

Comment fonctionnent les antidépresseurs?

Les antidépresseurs agissent en corrigeant des déséquilibres chimiques dans le cerveau qui se développent au cours de troubles comme la dépression. Bien que les mécanismes exacts ne soient pas encore entièrement compris, de solides données scientifiques appuient leur sécurité et leur efficacité comme traitement de première intention, notamment à partir d’essais cliniques randomisés contrôlés par placebo [2]. Les deux classes d’antidépresseurs les plus prescrites sont les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN).

Le principe derrière l’utilisation des antidépresseurs repose sur leur action sur les neurotransmetteurs, soit les messagers chimiques du cerveau. En théorie, lors d’un épisode dépressif, le cerveau présente de faibles niveaux de certains neurotransmetteurs, notamment la sérotonine. Celle-ci est libérée par les cellules du cerveau, puis réabsorbée par un transporteur de la sérotonine. Les antidépresseurs bloquent ce transporteur, ce qui permet à la sérotonine de demeurer plus longtemps disponible entre les cellules. Avec le temps, cela augmente son niveau global et contribue à améliorer l’humeur.

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Antidépresseurs inefficaces : causes et solutions

Chez les personnes atteintes de trouble dépressif majeur, environ 20 à 50 % retrouvent un fonctionnement normal après 6 à 12 semaines de traitement antidépresseur [3]. Cela signifie aussi que, pour plusieurs personnes, le premier médicament essayé n’apporte pas l’amélioration espérée. Pourquoi certaines personnes ne réagissent-elles pas de la même manière à un même médicament?

Comme plusieurs troubles de santé mentale partagent des symptômes similaires, une thérapie peut parfois s’avérer inefficace en raison du diagnostic posé. Dans d’autres cas, la génétique peut jouer un rôle important. Les différences génétiques peuvent influencer la façon dont le corps transforme et élimine les médicaments, un processus appelé métabolisme des médicaments. Certaines personnes métabolisent certains antidépresseurs très lentement, ce qui entraîne une accumulation du médicament dans l’organisme. En quelques jours, la concentration peut devenir trop élevée et provoquer des effets secondaires indésirables telles que la nausée, l’insomnie, le mal de tête, la bouche sèche et l’anxiété. Cette situation est fréquente, frustrante et décourageante pour plusieurs. Avec plus de 10 antidépresseurs de première intention possibles, l’approche traditionnelle par essais et erreurs peut être longue et éprouvante.

Un test pharmacogénomique (test PGx) est un test salivaire qui permet de déterminer la vitesse à laquelle une personne métabolise différents antidépresseurs (et plusieurs autres médicaments). Grâce à ces informations, les médecins peuvent prendre des décisions thérapeutiques mieux éclairées, en évitant les médicaments peu adaptés et en privilégiant ceux qui ont les meilleures chances d’être efficaces. Les lignes directrices du CANMAT recommandent d’ailleurs le recours au PGx lorsque le premier antidépresseur n’entraîne pas d’amélioration significative de l’humeur ou provoque des effets secondaires [1].

Pourquoi combiner antidépresseurs et psychothérapie

Lorsque vous avez l’impression de vous noyer dans votre quotidien, épuisé(e) et à bout de souffle, un antidépresseur peut agir comme une bouée de sauvetage. Il peut vous aider à rester à flot, mais ne peut pas, à lui seul, vous ramener jusqu’au rivage.

C’est pourquoi la combinaison d’un antidépresseur et de la psychothérapie est essentielle. Le médicament stabilise l’humeur, tandis que la thérapie aide à orienter la personne vers des changements durables. La dépression est une condition complexe, marquée par des perceptions négativement biaisées. Corriger les déséquilibres chimiques peut apporter un soulagement rapide, mais aucun comprimé ne peut effacer l’histoire personnelle ni transformer à lui seul la façon dont on perçoit le monde. Les changements profonds et durables se construisent en travaillant sur ces perceptions, et c’est là que l’accompagnement psychologique joue un rôle clé.

L’effet du mode de vie sur la dépression et le rétablissement

Parfois, un seul pas dans la bonne direction peut amorcer un élan positif. Les facteurs liés au mode de vie influencent à la fois le risque de développer une dépression et la sévérité des symptômes. Par exemple, l’insomnie et le tabagisme augmentent le risque d’épisodes dépressifs, tandis que l’activité physique, une alimentation équilibrée, l’arrêt du tabac et une bonne hygiène du sommeil contribuent à le réduire [1].

En somme, avec une combinaison adéquate de soins médicaux, de soutien psychologique et de changements dans les habitudes de vie, le rétablissement de la dépression est non seulement possible, mais tout à fait atteignable. Il permet de retrouver l’espoir, le sens et un meilleur contrôle sur sa vie.

Sources3
  1. Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT), Lignes directrices pour le traitement de la dépression majeure (Toronto : CANMAT, 2023).
  2. Rush, A. John, et al., “Acute and Longer-Term Outcomes in Major Depressive Disorder,” Journal of Clinical Psychiatry 66, no. 10 (2005): 123–134.
  3. Cipriani, Andrea, et al., “Comparative Efficacy and Acceptability of Antidepressants in the Acute Treatment of Adults with Major Depressive Disorder: A Systematic Review and Network Meta-Analysis,” The Lancet 391, no. 10128 (2018): 1357–1366
Michel Cameron, Ph. D.
Michel Cameron, Ph. D.
Directeur adjoint, pharmacogénomique, liaison en sciences médicales
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Souhaitant rendre la science de la génétique accessible à tous, Michel Cameron a cofondé BiogeniQ en 2014, une entreprise spécialisée en génétique où il a dirigé la conception et le développement de tests pharmacogénomiques qui est aujourd’hui détenue par Biron, Michel Cameron détient un doctorat en pharmacologie de l’Université de Montréal et a effectué des études postdoctorales en pharmacogénomique au Centre de pharmacogénomique de l’Institut de cardiologie de Montréal.