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Parole de spécialiste — 6 minutes

Fuites urinaires chez les femmes : comprendre les causes d’un problème encore trop banalisé

21 avril 2026

Les fuites urinaires touchent un très grand nombre de femmes, mais demeurent encore aujourd’hui un sujet tabou et mal compris. Trop souvent, elles sont perçues comme une conséquence « normale » de la grossesse, de l’accouchement ou du vieillissement. Or, ce n’est pas le cas. Dans la majorité des cas, elles sont plutôt le signe d’un déséquilibre du plancher pelvien. Les banaliser retarde la prise en charge et peut influencer la qualité de vie.

Mieux comprendre les causes des fuites urinaires permet de briser les mythes, de favoriser un dépistage plus précoce et d’orienter les femmes vers des solutions adaptées.

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Une problématique fréquente chez les femmes

Les données scientifiques sont claires : l’incontinence urinaire est un problème de santé fréquent chez les femmes, à toutes les étapes de la vie.

À l’échelle mondiale, plus de 20 % des femmes adultes souffrent de fuites urinaires à divers degrés [1]. Chez les femmes de plus de 30 ans, la prévalence varie entre 24 % et 45 %, selon l’âge et le type d’incontinence [2]. Malgré cette forte prévalence, les fuites urinaires demeurent largement sous-diagnostiquées et sous-traitées, notamment en raison du tabou qui entoure le sujet et du manque d’information accessible.

Le rôle clé du plancher pelvien

Dans la majorité des cas, les fuites urinaires sont associées à une dysfonction du plancher pelvien. Le plancher pelvien est un ensemble de muscles et de tissus qui soutiennent la vessie, l’utérus et le rectum, et qui jouent un rôle essentiel dans le contrôle de la continence urinaire.

Lorsque ces muscles sont affaiblis, étirés ou mal coordonnés, ils ne parviennent plus à retenir efficacement l’urine, notamment lors d’efforts comme tousser, éternuer, rire, soulever une charge ou pratiquer une activité physique. Cette situation correspond à l’incontinence urinaire d’effort, la forme la plus fréquente chez les femmes [3].

Grossesse et accouchement : des facteurs majeurs de risque

La grossesse et l’accouchement représentent des facteurs de risque majeurs de fuites urinaires. Pendant la grossesse, les changements hormonaux et l’augmentation de la pression abdominale fragilisent progressivement le plancher pelvien. L’accouchement peut entraîner des étirements excessifs des muscles pelviens, des lésions nerveuses et des atteintes aux tissus de soutien de l’urètre et de la vessie [3].

Les données montrent qu’en post-partum, environ 26 % des femmes présentent des fuites urinaire [4]. Certaines études rapportent même une prévalence pouvant atteindre 33 % dans les trois premiers mois suivant l’accouchement [5].

Le risque de fuites urinaires est significativement plus élevé après un accouchement vaginal comparativement à une césarienne, avec une prévalence environ deux fois plus importante chez les femmes ayant accouché par voie vaginale [5]. D’autres facteurs peuvent également augmenter ce risque, notamment les accouchements instrumentés, les bébés de poids élevé, la multiparité et l’âge maternel plus avancé [4, 6].

Malgré ces données, la santé du plancher pelvien demeure peu intégrée aux suivis post-partum. Certains symptômes peuvent ainsi perdurer pendant plusieurs années.

Ménopause et changements hormonaux

La ménopause constitue une autre période charnière dans l’apparition ou l’aggravation des fuites urinaires. La diminution des œstrogènes, hormones féminines, entraîne des modifications importantes au niveau des tissus urogénitaux, notamment une perte d’élasticité, une diminution de la qualité des tissus de soutien et une altération du fonctionnement de l’urètre et de la vessie [7].

La prévalence de l’incontinence urinaire à la ménopause est estimée entre 15 % et 30 %, et peut atteindre jusqu’à 50 % selon les études [7]. Avec l’âge, les formes d’incontinence par urgence et d’incontinence mixte deviennent également plus fréquentes [2].

Une condition encore trop normalisée

Plusieurs études soulignent que les fuites urinaires sont souvent normalisées, tant par les femmes que par les professionnels de la santé [8]. Cette banalisation entraîne un retard de diagnostic, une diminution de la qualité de vie et un impact psychologique significatif, incluant de la gêne, une perte de confiance en soi ainsi qu’une et diminution des activités sociales, professionnelles et physiques.

Pourtant, les fuites urinaires ne sont ni une conséquence inévitable de la maternité, ni une fatalité liée au vieillissement.

En résumé

Les fuites urinaires chez les femmes sont :

  • fréquentes;
  • multifactorielles;
  • étroitement liées au plancher pelvien;
  • fortement influencées par la grossesse, l’accouchement et la ménopause;
  • et encore trop peu prises en charge.

Mieux comprendre leurs causes constitue une étape essentielle pour briser le tabou, favoriser la consultation et orienter les femmes vers des approches thérapeutiques adaptées.

Sources8
  1. Villa, G., Marcomini, A., Trapani, D., et al. (2025). Prevalence, risk factors and costs of female urinary incontinence: A multicentre cross‑sectional study. International Journal of Urological Nursing.
  2. Abufaraj, M., Xu, T., Cao, C., Yang, L., Shariat, S. F., & Sutcliffe, S. (2021). Prevalence and trends in urinary incontinence among women in the United States, 2005–2018. American Journal of Obstetrics and Gynecology, 225(2), 166.e1–166.e12.
  3. Diez‑Itza, I. (2025). Urinary incontinence during pregnancy and in the postpartum period. Nature Reviews Urology, 23, 184–195.
  4. Dai, S., Chen, H., & Luo, T. (2023). Prevalence and factors of urinary incontinence among postpartum women: A systematic review and meta‑analysis. BMC Pregnancy and Childbirth, 23(1), 761.
  5. Thom, D. H., & Rortveit, G. (2010). Prevalence of postpartum urinary incontinence: A systematic review. Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica, 89(12), 1511–1522.
  6. Tsinisizeli, N., Bothou, A., Gourounti, K., Deltsidou, A., Lykeridou, A., & Kyrkou, G. (2026). Analysis of the multifactorial risks of postpartum urinary incontinence: A systematic review. Healthcare, 14(3), 418.
  7. Șerbănescu, L., Mirea, S., Ionescu, P., Petrica, L. A., Iorga, I. C., Surdu, M., & Rotar, V. (2025). Involuntary urine loss in menopause: A narrative review. Journal of Clinical Medicine, 14(21), 7664.
  8. Lopes, F. D., Henriques, C., Lopes, M. S., & Mendes, I. M. (2025). Quality of life of women with urinary incontinence in the postpartum period: An integrative literature review. Frontiers in Global Women’s Health, 6, 1562572.