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Science  —  10 minutes

Vaccin contre la COVID-19, pourquoi est-ce si long?

28 avril 2020
Dr Nicolas Tétreault, Ph. D., FCACB, CSPQ
Dr Nicolas Tétreault, Ph. D., FCACB, CSPQ
Biochimiste clinique - Directeur scientifique

Alors que plus de la moitié de la population mondiale est en confinement, plusieurs pays voient poindre des signes encourageants en réponse à ces efforts. Des discussions sont en cours pour amorcer un « certain » retour à la normale. En effet, un retour trop rapide au mode de vie pré-COVID-19 risque d’entraîner une résurgence des infections, ce qui causerait une forte pression sur les systèmes de santé à l’échelle mondiale.

La question sur toutes les lèvres est donc : dans combien de temps peut-on espérer un « vrai » retour à la normale ? À l’heure actuelle, personne ne peut répondre à cette question avec certitude. Les estimations sont parfois pessimistes. Par exemple, un groupe de chercheurs de l’Université Harvard évalue que les mesures de distanciation sociale ne pourront être totalement levées qu’en 2022. [1]

Sur une note plus positive, de nombreux experts pensent que nous pourrions en finir beaucoup plus tôt avec la COVID-19 si nous trouvons un vaccin. Devant les succès de la vaccination, l’un des plus grands exploits de la médecine moderne, il est tout à fait légitime de penser que ce type de traitement pourrait nous protéger d’une infection par le virus SARS-CoV-2 et mettre fin à la pandémie.

Les premiers succès de la vaccination

Bien que des pratiques d’immunisation existent depuis plusieurs siècles, les travaux d’Edward Jenner au début du 18e siècle sont considérés comme le premier succès de vaccination qui allait ultimement mener à l’éradication de la variole en 1979. Avec un taux de mortalité de 30 %, c’est l’une des maladies les plus mortelles de l’histoire de l’humanité. On estime que plus de 300 millions de personnes en seraient décédées au cours du 20e siècle seulement. [2] La vaccination a donc permis de venir à bout de ce fléau vieux de plus de 3 000 ans. Depuis, des millions de vies ont pu être sauvées grâce aux vaccins contre la polio, la rougeole, la diphtérie, la coqueluche et le tétanos, des maladies autrefois très répandues.

À lire aussi : Tests de dépistage de la COVID-19 : comment s’y retrouver?

Objectif immunité de groupe

La seule façon de stopper la transmission du virus, c’est d’atteindre l’immunité de groupe. Cette dernière survient lorsque suffisamment de personnes ont été exposées au virus et en ont guéri. Elles sont alors immunisées et, en théorie, ne peuvent plus être infectées ni transmettre le virus.

Avec le SARS-CoV-2, on estime que plus de 70 % de la population devra être immunisée pour atteindre l’immunité de groupe. [3] Il existe deux façons d’y arriver : de façon naturelle ou au moyen d’un vaccin. Comme la façon naturelle pourrait être une stratégie longue et coûteuse en termes de décès, la vaccination constitue la solution à privilégier. C’est pourquoi des efforts titanesques y sont consacrés dans le monde entier.

Il faudra cependant s’armer de patience. L’attente pourrait durer de 12 mois à 18 mois, et le succès n’est pas garanti. Sachant que nous produisons des vaccins depuis le 19e siècle, que plusieurs entreprises pharmaceutiques ont fait de ce projet une priorité et que le financement est très important, comment se fait-il que les résultats ne soient pas plus rapides ?

Plusieurs se rappellent qu’en 2009, lors de la pandémie de grippe H1N1, les vaccins ont été disponibles en près de six mois. En effet, le premier cas officiel a été rapporté en avril 2009 en Amérique du Nord et, aux États-Unis, la vaccination a débuté en octobre de la même année. [4] Pourquoi est-ce différent avec le SARS-CoV-2 ?

Une expertise limitée

La principale différence entre les pandémies de grippe H1N1 et de COVID-19 réside dans notre connaissance de ces deux familles de virus. L’influenza, virus responsable de la grippe H1N1, a causé trois pandémies au 20e siècle qui auraient tué de 20 à 50 millions de personnes (la grippe espagnole en 1918-1920, la grippe asiatique en 1957-1958 et la grippe de Hong Kong en 1968-1969). [5] Nous en savons donc beaucoup sur ce virus, d’autant plus que nous devons nous défendre année après année contre les infections saisonnières qu’il cause. Depuis plus de 65 ans, le système de surveillance de la grippe de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui surveille les différentes souches virales de l’influenza en circulation dans le monde, choisit la composition du vaccin contre la grippe saisonnière. Nous savons donc comment le combattre, et plusieurs entreprises pharmaceutiques sont bien outillées pour produire des vaccins rapidement.

Le SARS-CoV-2, quant à lui, est un virus de la famille des coronavirus. Quatre virus de cette famille sont en constante circulation et infectent les humains. On estime d’ailleurs que de 5 à 10 % des infections des voies respiratoires supérieures sont dues aux coronavirus communs. [6] Malgré cela, les risques de complications sont si faibles que peu de programmes pour trouver un vaccin avaient été mis en place. La situation a cependant changé avec l’arrivée du SRAS (SARS-CoV-1) en 2003, puis du MERS (MERS-CoV) en 2012, dont les taux de mortalité sont respectivement de 10 % et de 37 % . [7] D’importants efforts ont alors été consacrés au développement de vaccins, mais ils ont été abandonnés ou fortement diminués, car les éclosions ont pu être contenues assez rapidement. L’expertise mondiale dans la fabrication de vaccins contre cette famille de virus est très limitée, ce qui ne nous aide pas à accélérer les choses.

À lire aussi : Comprendre la grippe.

Les nombreuses étapes de fabrication d’un vaccin

La méconnaissance du virus de la COVID-19 ralentit le processus, mais c’est surtout la nature même du processus de développement d’un vaccin qui contribue à l’attente. Bien qu’un délai de 12 à 18 mois nous semble aujourd’hui une éternité, cela prend normalement plus de 10 ans pour traverser les différentes phases de développement. [8]

Phases cliniques de développement d’un vaccin

Phases Essais Durée
Préclinique Essais sur des animaux 2 ans ou moins
1 Essais sur moins de 100 personnes pour évaluer si des effets secondaires surviennent 12 à 18 mois
2 Essais sur des centaines de personnes pour surveiller la présence d’effets secondaires, optimiser le dosage et le nombre d’injections 2 ans ou plus
3 Essais sur des milliers de personnes exposées au virus pour évaluer l’efficacité de la protection du vaccin (durée de l’immunité) Environ 5 ans

Les approbations réglementaires et la production de doses de vaccins font suite à ces phases cliniques. Ces étapes subséquentes peuvent influencer de façon importante la durée totale pour en arriver à un vaccin prêt pour la population.

Quand les chercheurs accélèrent la cadence

Malgré les connaissances limitées sur le SARS-CoV-2 et le long processus de développement d’un vaccin, les chercheurs ont réalisé de véritables prouesses jusqu’à maintenant. Jamais dans l’histoire des sciences biologiques nous n’avons assisté à un effort concerté de la sorte. Chaque jour, les chercheurs en apprennent un peu plus sur ce nouveau pathogène. Ils commencent à caractériser de mieux en mieux son comportement, ses forces et ses faiblesses. Et ils réussissent déjà à mettre au point des formules de vaccination.

En date du 8 avril 2020, on répertoriait plus de 115 vaccins candidats, dont 5 avaient officiellement entamé la phase des essais cliniques [9], et la liste s’allonge de semaine en semaine. Pour y arriver, les chercheurs ont pu compter sur les données recueillies et partagées dans le monde entier, mais ils ont aussi revu le processus de développement afin d’accélérer certaines étapes ou de les réaliser en parallèle au lieu d’attendre le succès d’une étape avant de passer à l’autre.

Un exemple saisissant est celui de la société Moderna, qui a réussi à se rendre en phase 1 seulement 10 semaines après la caractérisation génétique du SARS-CoV-2, un exploit sans précédent. Dans ce cas, les essais sur les animaux ont été effectués en même temps que ceux de la phase 1.

Un autre exemple digne de mention est celui de l’Institut Jenner de l’Université d’Oxford en Angleterre où les chercheurs prévoient produire des millions de doses de vaccin pour le mois de septembre 2020. Ils comptent y parvenir en fabriquant le vaccin en grande quantité avant même d’avoir les résultats des essais cliniques. Autrement dit, le gouvernement britannique financera la production d’un vaccin dont on ne connaît pas encore l’efficacité. Un pari risqué, mais qui permettrait d’obtenir un vaccin injectable dans six mois.

Bien évidemment, le développement d’un vaccin efficace est tributaire de l’identification d’une formule de vaccination sécuritaire qui confère une immunité sur une assez longue période. Pour l’instant, il est impossible d’affirmer hors de tout doute que ce soit une possibilité, surtout si on considère l’immunité que les humains développent après une infection à un coronavirus commun. Les personnes infectées développent des anticorps, mais même celles qui en possèdent un niveau élevé peuvent être réinfectées. En revanche, la situation semble être différente avec le coronavirus qui a causé le SRAS en 2003. Les personnes infectées et guéries seraient protégées contre une infection ultérieure. [10] Tous les espoirs sont donc permis.

À lire aussi : Apnée du sommeil et COVID-19 : quelles sont les précautions à prendre?

En attendant le vaccin

Pour limiter le nombre de décès, des sommes extrêmement importantes sont investies dans le monde pour concevoir de nouveaux médicaments contre le virus, et plusieurs essais cliniques sont déjà en cours pour tester l’efficacité de certains médicaments faisant déjà partie de notre arsenal thérapeutique pour traiter la COVID-19. Un exemple près de nous est l’étude COLCORONA, réalisée à l’Institut de cardiologie de Montréal, qui cherche à déterminer l’efficacité de la colchicine, un anti-inflammatoire utilisé couramment en cardiologie.

L’étude COLCORONA est en recrutement actif. Si vous avez reçu un diagnostic de COVID-19 positif, vous pourriez y participer. Pour en savoir plus : www.colcorona.net

Nous assistons et continuerons d’assister dans les prochains mois à des avancées de toutes sortes qui permettront de protéger l’humanité contre la COVID-19 et les prochaines pandémies.

Malheureusement, des dommages collatéraux de la crise du coronavirus sont déjà perceptibles. Le 26 mars dernier, l’OMS recommandait l’arrêt des programmes de vaccination de masse pour protéger les professionnels de la santé, ce qui fait en sorte que des millions d’enfants, notamment dans les pays en développement, ne recevront pas les vaccins les protégeant de plusieurs maladies graves comme la rougeole, le choléra et la polio. [11] Dans ce contexte, la découverte d’un vaccin est plus importante et urgente que jamais.

Biron offre le dépistage et les tests sérologiques pour la COVID-19. Contrairement au test sérologique, le test de dépistage ne nécessite pas d’ordonnance médicale. Pour plus de détails, cliquez ici.

  1. Stephen M. Kissler, Christine Tedijanto, Edward Goldstein, Yonatan H. Grad et Marc Lipsitch. « Projecting the transmission dynamics of SARS-CoV-2 through the postpandemic period », Science, 14 avril 2020, https://science.sciencemag.org/content/early/2020/04/14/science.abb5793
  2. Organisation mondiale de la santé. « Smallpox: eradicating and ancient scourge », Bugs, drugs & Smoke, 2011, https://www.who.int/about/bugs_drugs_smoke_chapter_1_smallpox.pdf
  3. Gypsyamber D’Souza et David Dowdy. « What is herd immunity and how can we achieve it with COVID-19 » [article en ligne], Bloomberg School of Public Health Insights, Université Johns Hopkins, 10 avril 2020, https://www.jhsph.edu/covid-19/articles/achieving-herd-immunity-with-covid19.html
  4. Center for Disease Control and Prevention, « 2009 H1N1 Pandemic Timeline » [article en ligne], https://www.cdc.gov/flu/pandemic-resources/2009-pandemic-timeline.html (consulté le 19 avril 2020)
  5. Institut national de santé publique, « En savoir plus sur l’influenza » [article en ligne] https://www.inspq.qc.ca/influenza/en-savoir-plus-sur-l-influenza (consulté le 19 avril 2020)
  6. Kenneth McIntosh, « Coronaviruses », UpToDate, 18 février 2020, https://www.uptodate.com/contents/coronaviruses
  7. Chaolin Huang et coll., « Clinical features of patients infected with 2019 novel coronavirus in Wuhan, China », The Lancet, 24 janvier 2020, https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30183-5/fulltext
  8. Esther S. Pronker et coll. « Risk in Vaccine Research and Development Quantified », Plos One, 20 mars 2013, https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0057755
  9. Tung Thanh Le et coll., « The COVID-19 vaccine development landscape », Nature Reviews Drug Discovery, 9 avril 2020, https://www.nature.com/articles/d41573-020-00073-5
  10. Ewen Callaway, « Coronavirus vaccines: Five key questions as trials begin », Nature, 18 mars 2020, https://www.nature.com/articles/d41586-020-00798-8
  11. Leslie Roberts, « Pandemic brings mass vaccination to a halt », Science, 10 avril 2020, https://science.sciencemag.org/content/368/6487/116