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Science — 5 min

Les additifs alimentaires

Dr Raymond Lepage
Conseiller scientifique sénior

Le dioxyde de titane

Dans son édition du 20 janvier dernier, Medscape relançait une nouvelle de Reuters-France concernant une demande du gouvernement français de revoir la sécurité du dioxyde de titane, un agent de blanchiment, sous forme de nanoparticules, utilisé non seulement pour la peinture, mais également dans certains bonbons, cosmétiques, dentifrices et produits pharmaceutiques, connu sous le nom d’additif E171. Cette demande a suivi de près la publication en ligne d’un article soumis par un groupe de l’Institut national de la recherche agronomique de France (INRA).

Mais ne paniquons pas tout de suite! Bien que des doses quotidiennes comparables à celles absorbées par les humains aient été administrées à des rats, les résultats observés chez ceux-ci (promotion de la croissance de lésions précancéreuses dans le côlon après 100 jours de diète) ne sont pas nécessairement transférables à l’humain, selon la mise en garde de Fabrice Pierre, l’un des auteurs de l’étude. Cependant, ce dernier indique que les résultats de leur étude justifient des études supplémentaires de plus longue durée (2 ans) et sur un plus grand nombre d’animaux, conformément aux standards internationaux en cette matière.

Un petit retour en arrière...

La lecture de cet article dans Medscape m’a ramené plus de quarante-cinq ans en arrière, alors qu’étudiant diplômé à l’Institut du Cancer de Montréal, j’étudiais les premières étapes de la carcinogenèse chimique. On utilisait différentes substances chimiques capables d’entraîner, en moins de quatre mois, le développement de lésions précancéreuses d’un hépatome (cancer du foie). Le poison qu’on utilisait était le diméthylaminobenzène ou DAB, un colorant mieux connu sous le nom sympathique de « jaune de beurre »! Quelques années auparavant, mon père avait voulu économiser en remplaçant le beurre par de la margarine, aliment qu’il était alors interdit de colorer commercialement. Je me souviens de cette substance grasse de couleur blanc-grisâtre qui était vendue accompagnée d’un petit sachet de colorant concentré qu’on devait mélanger nous-mêmes avant d’étendre cette mixture non homogène pour faire des toasts marbrées. J’aurais bien aimé tester ce colorant dans mes expériences de carcinogenèse!

Les additifs utilisés par l'industrie agroalimentaire

Il suffit de consulter votre moteur de recherche préféré pour constater toutes les inquiétudes, fondées ou non, sur les additifs utilisés par l’industrie agroalimentaire (pour consulter la liste des additifs permis avec ou sans limitation de dose au Canada, cliquez ici). Le dioxyde de titane y apparaît pour utilisation dans un grand nombre de produits avec comme seule limitation « les bonnes pratiques industrielles ». Le gouvernement américain, pour sa part, le limite à 1 % du poids de l’aliment. En général, la nocivité des additifs alimentaires est testée sur des animaux de laboratoire (le rat fournit le modèle le plus économique) ou encore sur des tissus en culture. Malheureusement, la nocivité de certains de ces produits n’a été confirmée que suite à des maladies professionnelles où l’exposition à de plus fortes doses est souvent la norme.

Le microbiome

Un élément nouveau dans nos connaissances pourrait bien modifier nos notions sur l’innocuité ou la nocivité de tout ce qui transite par notre bouche : le microbiome! Toutes les découvertes récentes concernant le rôle essentiel et largement insoupçonné de nos bactéries intestinales pourraient remettre en question beaucoup de dogmes en alimentation : ça risque de ne plus être simplement ce qui est bon pour nous, mais plutôt ce qui plaira à nos bactéries intestinales qui devra être bon pour nous.

Or, le microbiome des animaux de laboratoire est évidemment différent de celui de l’humain, et ce microbiome, qui n’est jamais contrôlé, risque d’être différent d’un groupe de rats de la même sous-espèce à l’autre, mais provenant d’élevages utilisant des alimentations différentes.

Je vous laisse, le temps d’aller terminer ce bon café, évidemment adouci à l’aspartame…

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