Skip to contentSkip to navigation
Science — 15 min

Le stress et les indicateurs de bonne santé

Dr Raymond Lepage
Conseiller scientifique sénior

On sait tous intuitivement que le stress peut avoir des effets néfastes sur notre santé. On a tous un proche parent ou ami décédé prématurément d’une crise du cœur qu’on a associé, probablement non sans raison, à une vie trop stressante. À une autre époque, avant la découverte de la bactérie Helicobacter pylori, on croyait que la majorité des ulcères récidivants de l’estomac étaient dus au stress. Le traitement était approprié : la vagotomie, chirurgie consistant à couper le nerf vague qui relie le cerveau et l’estomac.

Il existe plusieurs définitions du stress ou plutôt un grand nombre de situations stressantes : bruit, lumière, milieu de travail, blessure, exercice violent, émotions fortes, etc.  Même un examen médical peut être une source de stress (et je ne parle pas ici du temps requis pour obtenir un rendez-vous). Le simple fait qu’un médecin prenne votre pression sanguine est souvent suffisant pour que le stress augmente vos lectures, ce qu’on appelle le syndrome du sarrau blanc. Il y a d’autres situations qu’on associe moins rapidement au stress : une hypoglycémie, par exemple. Lorsque le corps subit une chute du taux de glucose dans le sang, il essaie de corriger la situation (augmenter le taux de sucre) en utilisant les mêmes armes que celles impliquées lorsqu’on évite un accident de la route de peu : en sécrétant des catécholamines, les hormones de la réponse immédiate au stress, découvertes par le Docteur Hans Selye au milieu du siècle dernier. Le Dr Selye résumait l’action des catécholamines comme une réponse « fight or flight » qu’on pourrait traduire littéralement par « combattre ou fuir ». Pour en revenir à l’accident évité de peu, quelques-uns des symptômes ressentis sont exactement les mêmes que ceux que va ressentir une personne qui vient de connaître une crise d’hypoglycémie; accélération du rythme cardiaque et palpitations, pâleur, sueurs et tremblements. La réaction de stress en réponse à une hypoglycémie constitue un beau modèle pour démontrer que le stress (et la réponse au stress) n’est pas toujours quelque chose de négatif : sans cette réponse, nous ne pourrions survivre!         

Les agents chimiques utilisés par l’organisme pour combattre le stress

Les catécholamines ne sont pas les seuls agents chimiques utilisés par l’organisme pour combattre le stress : le cortisol et quelques autres stéroïdes produits par les glandes surrénales sont également indispensables pour notre survie. La sécrétion de cortisol est également augmentée en réponse à une crise d’hypoglycémie. Elle le sera également suite à une infection, une blessure, une chirurgie, etc.  L’adrénaline (une catécholamine) et le cortisol sont tous deux capables d’augmenter le taux de sucre dans le sang. Pour cette raison, on les regroupe avec l’hormone de croissance (produite par l’hypophyse) et le glucagon (fabriqué dans le pancréas) comme des « hormones diabétogènes », soit des hormones dont l’action ressemble à l’hyperglycémie (taux de glucose élevé dans le sang) caractéristique du diabète. Le stress cause donc une modification du taux de sucre dans le sang et risque par ailleurs d’interférer avec l’interprétation de vos tests de glucose. Chez un individu stressé, il sera parfois préférable d’utiliser un autre marqueur du diabète que le glucose, comme l’hémoglobine glyquée ni affectée par le stress ni par la prise d’aliments.   

Le cortisol et les catécholamines peuvent avoir d’autres effets surprenants, qui surviennent à un moment tout aussi étonnant. Avez-vous déjà remarqué que vous avez tendance à tomber malade après des périodes de grand stress? Vous avez un projet à terminer au travail, la pression est grande, mais vous parvenez à terminer la tâche juste à temps. Vous pouvez enfin relaxer! Mais le week-end arrive et vous tombez malade. Quelle est l’explication de ce phénomène vécu par plusieurs d’entre nous? La réponse réside probablement dans la relaxation et la diminution des hormones associées au stress.

Lorsque le stress tombe et que, conséquemment, le cortisol et les catécholamines diminuent, se produit alors ce qu’on nomme en anglais le « let-down effect » (littéralement « laisser tomber, baisser les bras »). On sait que les catécholamines et le cortisol perturbent le système immunitaire. Tous ceux qui font de l’arthrite ou autre maladie inflammatoire chronique traitée avec de la cortisone ou un de ses nombreux dérivés connaissent particulièrement bien la capacité du cortisol à diminuer l’efficacité du système immunitaire en interférant avec la réponse inflammatoire. Lorsque vous êtes en état de stress, et que le cortisol s’élève, il joue son rôle anti-inflammatoire et empêche donc votre corps de manifester les symptômes classiques d’un rhume (maux de tête, mal de gorge, congestion nasale) – qui sont des indications que votre corps combat une infection.

Autrement dit, vous étiez malade, mais vous n’en ressentiez pas encore les effets parce qu’ils étaient masqués par le stress. Le virus a profité de votre système immunitaire affaibli pour vous infecter et l’action anti-inflammatoire du cortisol a empêché votre corps de sonner l’alerte. Ainsi, vous n’avez pas ressenti de symptômes. Le stress est ensuite tombé, faisant baisser le niveau de cortisol et vous avez alors ressenti les effets d’une inflammation associée à ce rhume, que vous aviez déjà attrapé.

J’ai mentionné au début le lien entre le stress et les crises cardiaques. S’il existe, le lien direct entre le stress et le taux de mauvais cholestérol semble toujours très faibles comparativement à celui découlant de notre génétique. Ce qui est bien connu, cependant, ce sont les autres facteurs qui viennent s’ajouter aux méfaits du mauvais cholestérol : les pics de haute pression engendrés par le stress peuvent entraîner un AVC ou une crise cardiaque chez un individu avec les artères endommagées. Les gens réagissent souvent au stress en s’éloignant des bonnes pratiques de santé, que ce soit au niveau de l’alimentation, la diminution de l’exercice, l’abus d’alcool, les médicaments ou les drogues. Autant de situations qui peuvent aggraver une condition de santé déjà compromise. Si on ne peut pas corriger notre génétique, il existe une foule de façons de compenser, non seulement avec de bons médicaments, mais aussi, certains diront surtout, en modifiant nos habitudes de vie.

En plus des taux de catécholamines et de cortisol, les taux de prolactine sont modifiés par le stress chez plusieurs individus. La prolactine est une hormone sécrétée par l’hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau, et dont le rôle chez la femme est de stimuler la production de lait par les glandes mammaires. Les taux de prolactine vont donc augmenter au cours de la grossesse et demeurer élevés tant que la femme allaite. Les hauts taux de prolactine interfèrent avec les cycles menstruels, ce qui explique que les mères qui allaitent sont en théorie infertiles, un phénomène cependant assez variable qui en a surpris plus d’une. Chez l’homme, le rôle de la prolactine est moins bien défini, mais pourrait être relié aux fonctions sexuelles. Les médecins vont demander un dosage de prolactine dans des cas d’hypogonadisme et d’infertilité tant chez l’homme que chez la femme, dans les cas d’aménorrhée ou encore de galactorrhée, un écoulement de liquide par les seins en dehors des grossesses. La sécrétion de la prolactine est contrôlée en majeure partie par des influx nerveux, il n’est donc pas surprenant que, comme toute « neurohormone », elle puisse être affectée par le stress. Et parlant de stress, la vue d’une infirmière, technologiste ou autre professionnel de la santé vous présentant une aiguille bien pointue pour un prélèvement dans le bras est suffisante pour faire augmenter considérablement les taux de prolactine dans les quelques minutes qui suivent!   Dans une situation clinique où le médecin veut s’assurer que le résultat élevé de prolactine vient bien d’un désordre hypophysaire et non pas du stress du prélèvement, il pourra redemander des dosages sériés de prolactine (généralement trois) à quinze minutes d’intervalle. Si le taux élevé de prolactine est dû au stress, il devrait revenir à la normale dans les prélèvements subséquents.

Le stress influence probablement beaucoup d’autres indicateurs de notre santé, mais plus subtilement. Les dommages les plus importants causés par le stress ne sont pas nécessairement identifiables par les tests courants de laboratoire. Raison de plus de s’en méfier et de développer de bonnes habitudes pour gérer le stress.

Le stress et les crises cardiaques.

J’ai mentionné au début le lien entre le stress et les crises cardiaques. S’il existe, le lien direct entre le stress et le taux de mauvais cholestérol semble toujours très faibles comparativement à celui découlant de notre génétique. Ce qui est bien connu, cependant, ce sont les autres facteurs qui viennent s’ajouter aux méfaits du mauvais cholestérol : les pics de haute pression engendrés par le stress peuvent entraîner un AVC ou une crise cardiaque chez un individu avec les artères endommagées. Les gens réagissent souvent au stress en s’éloignant des bonnes pratiques de santé, que ce soit au niveau de l’alimentation, la diminution de l’exercice, l’abus d’alcool, les médicaments ou les drogues. Autant de situations qui peuvent aggraver une condition de santé déjà compromise. Si on ne peut pas corriger notre génétique, il existe une foule de façons de compenser, non seulement avec de bons médicaments, mais aussi, certains diront surtout, en modifiant nos habitudes de vie.

En plus des taux de catécholamines et de cortisol, les taux de prolactine sont modifiés par le stress chez plusieurs individus. La prolactine est une hormone sécrétée par l’hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau, et dont le rôle chez la femme est de stimuler la production de lait par les glandes mammaires. Les taux de prolactine vont donc augmenter au cours de la grossesse et demeurer élevés tant que la femme allaite. Les hauts taux de prolactine interfèrent avec les cycles menstruels, ce qui explique que les mères qui allaitent sont en théorie infertiles, un phénomène cependant assez variable qui en a surpris plus d’une. Chez l’homme, le rôle de la prolactine est moins bien défini, mais pourrait être relié aux fonctions sexuelles. Les médecins vont demander un dosage de prolactine dans des cas d’hypogonadisme et d’infertilité tant chez l’homme que chez la femme, dans les cas d’aménorrhée ou encore de galactorrhée, un écoulement de liquide par les seins en dehors des grossesses. La sécrétion de la prolactine est contrôlée en majeure partie par des influx nerveux, il n’est donc pas surprenant que, comme toute « neurohormone », elle puisse être affectée par le stress. Et parlant de stress, la vue d’une infirmière, technologiste ou autre professionnel de la santé vous présentant une aiguille bien pointue pour un prélèvement dans le bras est suffisante pour faire augmenter considérablement les taux de prolactine dans les quelques minutes qui suivent! Dans une situation clinique où le médecin veut s’assurer que le résultat élevé de prolactine vient bien d’un désordre hypophysaire et non pas du stress du prélèvement, il pourra redemander des dosages sériés de prolactine (généralement trois) à quinze minutes d’intervalle. Si le taux élevé de prolactine est dû au stress, il devrait revenir à la normale dans les prélèvements subséquents.

Le stress influence probablement beaucoup d’autres indicateurs de notre santé, mais plus subtilement. Les dommages les plus importants causés par le stress ne sont pas nécessairement identifiables par les tests courants de laboratoire. Raison de plus de s’en méfier et de développer de bonnes habitudes pour gérer le stress.

Lecture recommandée