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Science — 6 min

La vaccination antigrippale

Dr Raymond Lepage
Conseiller scientifique sénior

Chaque année, un peu avant que la musique de Noël n’envahisse les ondes radio, je reçois une invitation pour la vaccination annuelle antigrippale. Et comme chaque année, je me repose la même question : on pique ou on ne pique pas? J’ai beau avoir mes 67 ans bien sonnés; mais en absence de déficience immunitaire ou d’autres problèmes de santé connus (je ne rencontre mon médecin de famille que le mois prochain), je ne me considère pas encore (maudit orgueil) parmi les aînés ciblés prioritairement par les programmes de santé publics.

Et ce n’est pas d’hier qu’en tant que travailleur dans le milieu médical, je soupèse chaque année les arguments pour ou contre la vaccination antigrippale pour les adultes en bonne santé. Je ne suis pas un fervent partisan des théories du grand complot industrialo-pharmaceutique, mais je garde toujours une petite gêne devant les affirmations trop optimistes des manufacturiers de vaccins. Même si je garde toute confiance dans le CDC américain et ses pendants canadien et québécois, il est difficile de ne pas se rappeler du flop assez monumental de la vaccination nationale contre la souche H1N1 à l’hiver 2009-2010. Excès de précaution ou lobbying efficace de l’industrie pharmaceutique? Possiblement le premier, mais gageons que les pharmaceutiques ne se sont pas opposées… à tout le moins! On se souvient également du flop de la vaccination antigrippale de l’hiver 2014/2015 avec son taux d’efficacité de zéro%. Le risque de contracter l’influenza était alors équivalent que tu sois vacciné ou pas, et tous les individus étaient à risque!

Mais d’où vient le virus de la grippe?

Pour progresser dans notre réflexion, il faut chercher à mieux préciser la nature de la bête (ou du virus). Il existe plusieurs souches de virus pouvant donner la grippe et pour préparer un vaccin, il faut choisir contre quelle(s) souche(s) le préparer. C’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui est chargée de cette sélection à partir des observations permanentes au niveau mondial (c’est toujours l’hiver, quelque part...). Préparer un vaccin prend du temps. Pour des raisons de fabrication évidentes, la composition du vaccin ne pourra donc que refléter les souches qui étaient présentes dans les 12-24 mois précédents; pas celle des souches qui seront au rendez-vous dans l’année suivante. Les vaccins disponibles pour l’hiver prochain seront donc efficaces seulement si les souches qui nous visitent sont de même nature que celles de l’an dernier. Or ce ne fut pas le cas il y a trois ans.

La vaccination protège-t-elle vraiment contre cette infection?

À nouveau, et contrairement à certains irréductibles de la théorie du complot, je suis certain que la vaccination fonctionne, pas seulement contre la grippe, mais contre beaucoup de maladies, particulièrement infantiles. Je comprends également que, en ce qui concerne la grippe, il demeure possible que je sois protégé contre des souches virales qui ne se présenteront pas : c’est un échec de santé publique, pas un défaut de la vaccination elle-même. Je sais également que la vaccination, quelle qu’elle soit, comporte un risque faible, mais réel d’effets secondaires dont certains peuvent être sérieux. Je dois donc soupeser le risque relatif d’attraper une grippe d’homme (quoi d’autre!) versus celui de développer une réaction secondaire sérieuse comme un syndrome de Guillain Barré, une forme de paralysie. Je suis sûr que vous êtes tous des fervents de ce genre d’analyse et soupesez systématiquement le risque relatif à chaque fois que vous prenez l’avion pour les Antilles en hiver, votre automobile à travers les cônes oranges, ou pire encore, votre vélo!

Quels sont les risques d’attraper une grippe?

Qu’est-ce qu’un adulte autrement en bonne santé risque à attraper une bonne grippe (autre qu’une semaine d’absence maladie)? Pour moi, il reste surtout le risque de transmettre cette maladie ultra-contagieuse à d’autres personnes qui, elles, ne seront pas nécessairement en bonne santé. Est-ce que je pense fréquenter ce genre d’individus cet hiver? De la parenté ou des amis plus âgés, sûrement? Certainement aussi des enfants plus jeunes, et je pense en particulier à Elliott, le dernier de nos cinq petits enfants avec ses quatre ans (et demi, s’il-vous plaît!). Il fait partie de cette catégorie de personnes à risque de conséquences plus sévères de l’influenza. À moins que j’évite de la rencontrer ou de le prendre dans mes bras au cours des 6 prochains mois…ce qui serait suffisant pour que lui me prenne en grippe.

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