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Science — 7 min

Coloscopie optique ou virtuelle?

Dr Raymond Lepage
Conseiller scientifique sénior

Le cancer colorectal (CRC) constitue un très bel exemple de l’efficacité de programmes de dépistage sur la diminution de l’incidence et de la mortalité causée par certains types de cancer. Pour en arriver à des réductions de l’incidence du CRC de l’ordre de 30 %, les programmes traditionnels de dépistage ont utilisé la coloscopie optique, la sigmoïdoscopie flexible et la recherche de sang dans les selles seuls ou en combinaison.

L'arrivée des nouvelles approches

Avec les années, de nouvelles approches sont apparues comme des techniques plus sensibles pour la détection de sang dans les selles (le FIT ou SSI), des tests utilisant l’ADN fécal ou encore l’ADN circulant. Alors que la sigmoïdoscopie (coloscopie courte) perdait de l’intérêt, en particulier en Amérique du Nord, une technique entièrement radiologique faisait son apparition : la coloscopie virtuelle (CTC) qui permet de visualiser l’intérieur du côlon en entier, sans insertion d’un endoscope.

Compte tenu des risques faibles, mais significatifs de saignement ou de perforation avec la coloscopie optique, la CTC est rapidement devenue la méthode de choix chez les patients qui ne peuvent stopper leur traitement aux anticoagulants, chez ceux qui ont une inflammation sévère ou des anomalies du côlon empêchant le passage de la sonde utilisée en coloscopie optique ou encore chez ceux qui ont simplement peur de la coloscopie optique. Il restait à établir le CTC comme méthode reconnue pour le dépistage du CRC dans une population « normale », ou à risque modéré de CRC, soit l’ensemble des individus de 50 à 74 ans, sans symptômes et sans histoire personnelle ou familiale de cancer colorectal, de polypes adénomateux, etc.

Les nouvelles recommandations américaines

C’est chose faite, du moins chez nos voisins américains avec le dépôt des nouvelles recommandations de l’USPSTF en juin dernier. Pour ceux qui ne connaissent pas déjà cet organisme, l’USPSTF est un organisme d’experts totalement indépendants du gouvernement américain et de l’industrie diagnostique ou pharmaceutique dont le rôle est de conseiller spécifiquement les médecins généralistes sur les meilleures pratiques en médecine préventive, incluant, évidemment, les tests de dépistage. Les recommandations de l’USPSTF font école partout dans le monde occidental et sont systématiquement analysées par les associations médicales et organismes gouvernementaux comme l’INESSS, au Québec.

Dans ses recommandations de juin dernier, l’USPSTF reconnaît plusieurs nouvelles méthodes de dépistage du CRC dont la coloscopie virtuelle, et reconnaît également qu’il n’y a pas de données empiriques permettant de privilégier une approche plutôt qu’une autre. Les recommandations de l’USPSTF sont basées sur une étude rigoureuse de la littérature médicale disponible et font abstraction par ailleurs de données financières qui peuvent être utilisées par les gouvernements pour leurs programmes particuliers.

Quelles sont les principales distinctions entre les deux approches?

En regardant de plus près les données comparatives du CTC vs la coloscopie optique, force est de constater que ces deux approches sont totalement équivalentes sur le plan de la capacité à détecter des adénomes avancés ou des cancers établis. Si la CTC ne permet pas d’enlever un polype suspect (seule la coloscopie optique peut le faire), le fait de ne pas utiliser une sonde diminue significativement le risque de saignement ou de perforation de l’intestin lorsqu’on utilise la CTC. Si on considère que même en présence d’un test de sang dans les selles positif (FIT ou SSI), la coloscopie sera négative chez 30 à 40 % des patients testés, la diminution du risque de saignement avec la coloscopie virtuelle est loin d’être négligeable. Pour l’individu qui ne veut pas passer un test de sang dans les selles, les données sont encore plus impressionnantes puisque plus de 95 % des coloscopies de dépistage seront négatives!

Les appareils de radiologie moderne minimisent l’exposition à la radiation et, sauf dans les cas où la procédure serait répétée plusieurs fois pendant une période relativement courte, le risque demeure extrêmement faible comparativement à l’ensemble des risques potentiels de la coloscopie optique!

La CTC offre la possibilité de détecter plusieurs autres lésions que celles dues au cancer du côlon : autres cancers abdominaux, anévrismes de l’aorte abdominale, etc. Cette possibilité qui constitue un bénéfice certain de la CTC est cependant une arme à deux tranchants : certaines trouvailles sans signification clinique pourraient toutefois entraîner des examens supplémentaires qui présenteraient des risques associés. Il est important que les radiologistes qui interprètent les données de la CTC soient sensibles à cet aspect particulier de la technique. L’USPSTF conclut en précisant cependant qu’aucune étude ne permet de trancher cette question des trouvailles « extra-coloniques ».

On peut conclure des analyses de l’USPSTF que la coloscopie virtuelle peut désormais être considérée comme un outil de dépistage aussi valable que la coloscopie optique ou les autres modalités de dépistage comme la recherche de sang occulte dans les selles. Compte tenu de l’encombrement chronique des salles de coloscopies au Québec, il est bon de savoir qu’il existe une alternative de haute qualité.

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