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Santé A à Z  —  7 minutes

La vitamine D et la COVID-19

26 janvier 2021
Dr Nicolas Tétreault, Biochimiste clinique, Ph. D., FCACB, CSPQ
Dr Nicolas Tétreault, Biochimiste clinique, Ph. D., FCACB, CSPQ
Directeur scientifique et innovation

Une étude espagnole publiée en octobre 2020 dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism indique que 80 % des patients atteints de la COVID-19 présentent une déficience en vitamine D, comparativement à 40 % des sujets du groupe témoin non atteints de la COVID [1]. Une autre étude provenant également d’Espagne, un pays fortement touché par la pandémie, montre pour sa part que l’ajout de vitamine D au traitement habituellement réservé aux patients hospitalisés réduit l’admission aux soins intensifs. Dans cette étude, un seul des 50 patients (2 %) ayant reçu des suppléments de vitamine D s’est retrouvé aux soins intensifs, comparativement à 13 des 26 patients (50 %) ayant reçu le traitement de base sans vitamine D [2].

À la lumière de ces résultats, il pourrait être facile de conclure que la vitamine D joue un rôle dans la prévention de la COVID-19. Il faut cependant se poser les bonnes questions : les gens infectés par la COVID-19 se retrouvent-ils à l’hôpital parce qu’ils ont une carence en vitamine D ou parce qu’ils sont âgés, en surpoids ou diabétiques, ce qui peut entraîner une déficience en vitamine D? Tout se joue dans les détails!

Miraculeuse, la vitamine D?

Les bienfaits de la vitamine D sur la santé des os sont connus depuis des décennies. Avec le temps et l’amélioration des techniques de mesure du taux de vitamine D dans le sang, des centaines de publications ont attribué à la vitamine D des effets protecteurs contre plusieurs maladies, dont divers types de cancer [3], la sclérose en plaques [4], la maladie d’Alzheimer [5] et le diabète [6].

Nature des vitamines

Les vitamines sont des composants chimiques essentiels que le corps humain n’arrive pas à produire du tout ou à produire en quantité suffisante, comme c’est parfois le cas pour la vitamine D. Il faut donc se procurer ces éléments essentiels par l’alimentation ou la prise de suppléments.

Notre principal apport en vitamine D (vitamine D3) provient de la peau, qui la fabrique à partir du cholestérol sanguin. Une autre partie provient de notre alimentation sous forme de vitamine D3 (viande et poissons, suppléments) et de vitamine D2 (végétaux, suppléments).

La vitamine D est ensuite stockée dans le foie sous une forme inactive (25-OH-vitamine D). Pour être activée, la vitamine D doit subir une deuxième transformation par les cellules rénales (1,25-di-OH-vitamine D). Pour cette raison, les personnes atteintes d’une forme grave d’insuffisance rénale sont incapables de produire de la vitamine D active, même en prenant des suppléments de vitamine D2 ou D3 en grande quantité.

Rôles de la vitamine D

Le rôle le mieux connu de la vitamine D est de réguler le taux de calcium et de contribuer ainsi à la santé osseuse. La vitamine D est essentielle non seulement à l’absorption du calcium alimentaire par l’intestin, mais aussi pour empêcher son élimination dans les urines. De plus, la vitamine D agit à l’intérieur de l’os pour en favoriser la minéralisation.

Outre ce rôle fondamental, elle peut influencer l’expression d’environ 200 gènes [7] dans une grande variété de tissus. C’est cette influence qui pourrait expliquer les nombreux effets d’une carence en vitamine D. De là vient également l’intérêt plus récent pour le maintien d’un taux de vitamine D apte à répondre aux besoins osseux tout en offrant d’autres bienfaits potentiels.

Déficience ou insuffisance en vitamine D?

On estime que, selon la saison et la latitude, l’exposition au soleil peut procurer de 80 % à 90 % de la vitamine D requise. Par contre, dans l’hémisphère Nord, ce n’est qu’au sud du 35e parallèle (une ligne qui passerait par le nord de la Géorgie et de l’Alabama, puis par le sud du Nevada) que cette exposition est maintenue toute l’année.

Le Québec étant situé au nord du 45e parallèle, il n’y a pas assez d’ensoleillement l’hiver pour permettre à la peau de produire des quantités suffisantes de vitamine D.

Il faut donc se rabattre sur les réserves accumulées dans le foie pendant la belle saison, sur l’apport alimentaire et, au besoin, sur les suppléments. Ces données doivent évidemment être relativisées en fonction d’autres facteurs, dont l’âge, le type et la pigmentation de la peau, les habitudes vestimentaires, le temps passé à l’extérieur, etc.

À lire aussi : Les conséquences d’un déficit de vitamine D sont critiques pour la santé de nos os.

La déficience en vitamine D

La déficience en vitamine D désigne toute valeur sanguine inférieure aux valeurs de référence du laboratoire qui en a effectué le dosage. Ces valeurs de référence sont obtenues en mesurant le taux sanguin de vitamine D au sein de la population « normale », soit des personnes sans signes apparents de maladie. Le traitement d’usage en cas de déficience en vitamine D consiste à prendre des suppléments pour éviter une détérioration de la santé osseuse. Les groupes à risque comprennent les personnes atteintes d’insuffisance rénale ou d’ostéoporose ainsi que les jeunes enfants nourris au lait maternel.

L’insuffisance en vitamine D

Comme les valeurs de référence sont fondées sur des sujets souvent jeunes et sans signes apparents de maladie, il est possible que certains taux de vitamine D, même s’ils correspondent aux valeurs de référence, ne soient pas suffisants pour procurer à long terme un effet anticancer, anti-Alzheimer ou autre. Plusieurs auteurs et sociétés savantes ont proposé de hausser le taux optimal ou souhaitable à plus de 75 nanomoles par litre de sang (nmol/L) [8].

Selon Statistique Canada, à peine le tiers de la population canadienne atteignait le taux optimal ou souhaitable de vitamine D en 2007-2009 [9].

Cela dit, comme les effets autres qu’osseux de la vitamine D sont difficilement mesurables, il n’y a pas consensus sur la « valeur souhaitable » et, surtout, sur la façon de la maintenir. Rappelons que la vitamine D est une vitamine liposoluble et que, contrairement à des vitamines hydrosolubles comme la vitamine C ou les vitamines du groupe B, on peut en accumuler trop (taux sanguin supérieur à 250 nmol/L) et en tirer des effets défavorables tels que des maux de tête, des nausées et vomissements, et une intense fatigue. S’ils sont pris régulièrement à long terme, les suppléments de vitamine D peuvent également favoriser la formation de calculs rénaux (pierres au rein).

Une vitamine miracle?

Même s’il ne fait pas de doute que les effets de la vitamine D vont au-delà d’une bonne santé osseuse, il est difficile de les départager des autres facettes de la santé (alimentation, exercice, profession, santé mentale, etc.). Il n’est donc pas impossible que le taux de vitamine D reflète les bonnes habitudes des personnes qui prennent soin de leur santé et qui tâchent de prévenir toutes sortes de maladies, dont la COVID-19 [10].

  1. Hernandez J.L. et coll., « Vitamin D Status in Hospitalized Patients with SARS-CoV-2 Infection », The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism. https://doi.org/10.1210/clinem/dgaa733 (source consultée le 9 novembre 2020).
  2. Castillo M.E. et coll., « Effect of calcifediol treatment and best available therapy versus best available therapy on intensive care unit admission and mortality among patients hospitalized for COVID-19: A pilot randomized clinical study », The Journal of Steroid Biochemistry and Molecular Biology, vol. 203, octobre 2020, 105751
  3. Garland C.F. et coll., « The Role of Vitamin D in Cancer Prevention », Am J Public Health, 2006 February; 96(2): 252-261. doi: 10.2105/AJPH.2004.045260 (source consultée le 9 novembre 2020).
  4. Ascherio A. et coll., « Vitamin D and multiple sclerosis », Lancet Neurol 2010; 9: 599-612.
  5. Littlejohns T. et coll. « Vitamin D and the risk of dementia and Alzheimer's disease », Neurology, 2014;83:1.
  6. Mathieu C. et coll. « Vitamin D and diabetes » Diabetologia, vol. 48, p. 1247-1257 (2005)
  7. Ramagopalan S.V. et coll., « A ChIP-seq defined genome-wide map of vitamin D receptor binding: Associations with disease and evolution », Genome Research,‎ 2010 (DOI 10.1101/gr.107920.110 (source consultée le 9 novembre 2020).
  8. Gorham E.D. et coll., « Optimal vitamin D status for colorectal cancer prevention: a quantitative meta analysis », Am J Prev Med, 2007 Mar;32(3):210-6. doi: 10.1016/j.amepre.2006.11.004 (source consultée le 10 novembre 2020).
  9. Langlois K. et coll., Les niveaux de vitamine D chez les Canadiens selon les résultats de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé, 2007-2009. https://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.620.8334&rep=rep1&type=pdf (source consultée le 10 novembre 2020).
  10. Perry Wilson, F., Vitamin D for COVID? We”ve Been Burned Before. https://www.medscape.com/viewarticle/939759?nlid=138015_5404&src=wnl_dne_201029_mscpedit&uac=268698PK&impID=2645348&faf=1#vp_1 (source consultée le 8 novembre 2020).