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Santé A à Z  —  10 minutes

Combattre la COVID-19 en attendant le vaccin

04 juin 2020
Raymond Lepage, Ph. D., Docteur en biochimie
Raymond Lepage, Ph. D., Docteur en biochimie
Vulgarisateur scientifique

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, il y avait au 1er avril près de 700 études cliniques en cours dans le monde sur le traitement de la COVID-19 [1]. Une vingtaine ont déjà été autorisées au Canada [2], dont une dizaine au Québec [3]. Ce foisonnement révèle l’urgence de la lutte contre la COVID-19, qui tue des centaines de milliers de personnes à l’échelle mondiale. D’un point de vue pragmatique, cette abondance reflète également les nombreux incitatifs économiques à la recherche. Le groupe qui brevètera le premier médicament efficace et commercialisé à grande échelle verra son avenir financier garanti pour des dizaines d’années – sans compter le prestige qui auréolera les instigateurs de cette découverte. Entre l’hydroxychloroquine, la colchicine, le remdesivir, le plasma convalescent ou autres, qui remportera la course? Essayons d’y voir plus clair.

Pour comprendre comment combattre le SRAS-CoV-2, il faut considérer toutes les étapes possibles de contrôle du virus :

  1. Limiter la présence du virus dans l’environnement;
  2. Empêcher le virus d’atteindre les voies respiratoires;
  3. Détruire le virus dans l’organisme;
  4. Empêcher le virus de pénétrer dans les cellules;
  5. Empêcher le virus de se multiplier dans les cellules;
  6. Limiter les effets secondaires associés à la réponse inflammatoire de l’organisme.

Limiter la présence du virus dans l’environnement.

Le contrôle de l’infection repose en partie sur notre capacité à limiter la contamination de l’environnement par le virus. Cette mesure n’a pas fait l’objet d’études cliniques à proprement parler, mais on a vu des images en provenance de plusieurs pays du monde montrant des agents en train de pulvériser des produits chimiques dans les rues d’une ville. La solution vaporisée est généralement un mélange peu coûteux d’eau de Javel et d’eau (hypochlorite de sodium). Son efficacité n’est pas garantie [4], et son utilisation n’est pas sans danger pour le public (ni pour la personne qui l’applique), surtout si l’on y ajoute d’autres produits antiseptiques.

Empêcher le virus d’atteindre les voies respiratoires.

Comme le virus ne peut franchir que de très courtes distances dans l’air (autrement que par la toux et les éternuements), il est nettement préférable de désinfecter les surfaces susceptibles d’être contaminées par les gouttelettes provenant des voies respiratoires des individus infectés qui, bien souvent, ne présentent que peu ou pas de symptômes. Nous connaissons tous les consignes : se laver fréquemment les mains avec du savon (de préférence) ou une solution d’alcool diluée dans de l’eau, désinfecter les surfaces et les objets potentiellement contaminés, porter un masque, respecter les mesures de distanciation sociale, etc.

À lire aussi : Apnée du sommeil : pourquoi les microgouttelettes sont susceptibles de se répandre plus loin dans la pièce et de rester plus longtemps en suspension dans l’air.

Détruire les virus qui pénètrent dans l’organisme.

Une fois le virus dans l’organisme, peut-on l’éliminer? Des remèdes maison proposent tour à tour de se gargariser avec un rince-bouche, de manger de l’ail, de se rincer le nez avec une solution saline, de consommer de l’huile de sésame ou de s’exposer au soleil – autant de mythes qui ont dû être déboulonnés par l’OMS [5]. La compagnie Lysol a même publié une mise en garde à l’intention des consommateurs contre les injections à base de produits désinfectants [6].

La meilleure approche pour empêcher l’infection avant que le virus ne fasse des dégâts est de mobiliser les anticorps. C’est ainsi que l’on guérit d’une infection. Il s’agit du principe à la base du développement d’un vaccin contre le SRAS-CoV-2 [7] et de la notion d’immunité collective. Cette immunité dépend de l’acquisition, par une grande partie de la population, d’anticorps empêchant le virus de se propager. Cependant, l’OMS a émis de fortes réserves quant à la durée réelle de cette immunité [8].

À défaut de pouvoir compter sur un vaccin, pourrions-nous au moins utiliser les anticorps produits par les patients rétablis? Cette technique appelée « plasma convalescent » est connue depuis une centaine d’années. Son application fait présentement l’objet d’un important projet de recherche clinique au Canada intitulé « CONCOR », auquel participe notamment l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal [3].

Les quantités de plasma convalescent dont on dispose ne peuvent cependant pas suffire à répondre aux besoins de tous les patients. Des sociétés pharmaceutiques ont donc relevé le défi de produire des anticorps anti-COVID-19 en quantité « industrielle ». La technique utilisée repose sur la production d’anticorps tous identiques appelés « anticorps monoclonaux ». Elle consiste à :

  • découvrir, dans le plasma convalescent, la structure des anticorps les plus efficaces contre le virus;
  • fabriquer artificiellement des petits bouts d’ADN qui reproduisent cette structure et les introduire dans des cellules spéciales (hybridomes de souris ou plantes transgéniques [9];
  • récupérer les anticorps produits par les cellules.

À lire aussi : Vaccin contre la COVID-19, pourquoi est-ce si long?

Empêcher le virus de pénétrer dans les cellules.

Que faire une fois le virus dans nos voies respiratoires? L’empêcher de pénétrer à l’intérieur des cellules pulmonaires. Le SRAS-CoV-2 ne pénètre pas facilement dans toutes les cellules de l’organisme. La plupart d’entre nous ont pu voir le virus illustré sous la forme d’une sphère recouverte de petits pics. Une protéine qui forme ces pics, la « protéine S », possède une forte affinité avec le récepteur ACE2, une protéine présente à la surface de plusieurs cellules. C’est le contact entre la protéine S et le récepteur ACE2 qui permet au virus de pénétrer dans la cellule. Plusieurs types de cellules possèdent des récepteurs ACE2 à leur surface et constituent donc des portes d’entrée potentielles pour le virus.

Des chercheurs canadiens et suédois ont réussi à synthétiser des protéines capables de masquer la protéine S et de fermer ainsi la porte au virus [10]. Un médicament de ce type nommé « APN01 » fait actuellement l’objet d’une étude clinique en Europe [11].

Empêcher le virus de se multiplier dans les cellules.

Une fois le virus entré, il met en branle toute la machinerie de la cellule pour se reproduire. Chez l’humain, l’information permettant au SRAS-CoV-2 de se répliquer est contenue dans un « chromosome » constitué d’acide ribonucléique (ARN) plutôt que d’ADN. Pour se reproduire, le virus doit d’abord faire une copie de son chromosome d’ARN sous forme d’ADN. Cette action menée par une enzyme appelée « ARN polymérase » est l’une des cibles privilégiées pour empêcher la réplication du virus. L’un des médicaments connus pour bloquer l’ARN polymérase est le remdesivir, un agent antiviral à large spectre déjà utilisé dans la lutte contre Ebola [12]. Une étude clinique menée aux États-Unis montre que le remdesivir peut empêcher le SRAS-CoV-2 de se multiplier et ainsi réduire de 30 % la durée de la convalescence. Son utilisation fait déjà l’objet d’une autorisation de prescription d’urgence par la FDA aux États-Unis [12].

Plusieurs autres étapes de la réplication du virus constituent autant de pistes d’élaboration d’un nouveau médicament, d’où le recours à plusieurs agents antiviraux prescrits seuls ou en combinaison (ribavirine, lopinavir, ritonavir).

Limiter les effets secondaires associés à la réponse inflammatoire de l’organisme.

Le taux de mortalité particulièrement élevé chez les personnes âgées semble attribuable à une réponse inflammatoire trop forte appelée « tempête cytokinique ». La réponse inflammatoire est essentielle pour combattre les infections et détruire l’agent agresseur. Pour ce faire, des millions de globules blancs sont envoyés sur le site de l’infection, où ils libèrent divers composés chimiques, dont des cytokines capables de tuer les cellules infectées. En trop grande concentration, les cytokines tuent sans distinction des cellules saines et des cellules infectées. Cette destruction de cellules pulmonaires saines serait à l’origine des complications de la maladie.

Plusieurs médicaments déjà utilisés pour contrôler la réponse inflammatoire dans certaines affections sont à l’étude partout dans le monde. C’est notamment le cas de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine, deux médicaments utilisés pour combattre la malaria [13]. C’est aussi le cas de la colchicine, un médicament utilisé depuis longtemps pour combattre la goutte et depuis quelques années pour traiter certaines inflammations du cœur. L’Institut de cardiologie de Montréal a entrepris un projet de recherche clinique sur l’utilisation de ce médicament peu coûteux afin de traiter les complications de la COVID-19 [14].

En conclusion

Beaucoup d’appelés, peu d’élus? Il est fort probable qu’un seul médicament ne suffira pas à traiter efficacement la COVID-19. Il faudra sans doute utiliser à la fois des anticorps, des agents antiviraux et d’autres médicaments qui apaisent la tempête cytokinique. Il faut donc espérer que, d’ici à ce qu’un vaccin soit mis en marché, plusieurs projets de recherche en cours débouchent sur des protocoles de traitement efficaces, peu coûteux et largement accessibles.

Biron offre le dépistage et les tests sérologiques pour la COVID-19. Contrairement au test sérologique, le test de dépistage ne nécessite pas d’ordonnance médicale. Pour plus de détails, cliquez ici.

  1. « COVID-19 : la recherche clinique internationale connaît un dynamisme inédit ». https://www.univadis.fr/viewarticle/covid-19-la-recherche-clinique-internationale-connait-un-dynamisme-inedit-716825 [consulté le 15 mai 2020 ].
  2. Gouvernement du Canada, « Les vaccins et les traitements pour la COVID-19 : Liste de tous les essais cliniques COVID-19 autorisés par Santé Canada ». https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/medicaments-produits-sante/covid19-essais-cliniques/liste-essais-cliniques-autorises.html [consulté le 15 mai 2020].
  3. Gouvernement du Québec, « Essais cliniques sur le SARS-CoV-2/COVID-19 actuellement réalisés au Québec ». https://msss.gouv.qc.ca/professionnels/documents/coronavirus-2019-ncov/Liste_essais_cliniques.pdf [consulté le 15 mai 2020].
  4. Valérie Borde, « Désinfecter les lieux publics? », Le Soleil, 4 avril 2020. https://www.lesoleil.com/actualite/vos-questions-sur-la-covid-19/desinfecter-les-lieux-publics-a4d18e1ecbb34b4f0d56000a7cf8dc06 [consulté le 15 mai 2020].
  5. Alice Chantal Tchandem Kamgang, « COVID-19 : l’alcool ne vous protège pas, les moustiques ne la transmettent pas », Radio-Canada. https://www.rcinet.ca/fr/2020/04/08/covid-19-alcool-protege-moustiques-transmettent/ [consulté le 15 mai 2020].
  6. Lysol, « Coronavirus : Informations sur le nouveau coronavirus et conseils utiles ». https://www.lysol.ca/fr/ [consulté le 15 mai 2020].
  7. Nicolas Tétreault, « Vaccin contre la COVID-19, pourquoi est-ce si long? » https://www.biron.com/fr/actualites/science/vaccin-contre-la-covid-19-pourquoi-est-ce-si-long/?utm_campaign=Newsletters&utm_medium=email&_hsmi=87102052&_hsenc=p2ANqtz-9fZ5f56pGGOJFACXjJvC2yH7RRs7EUUAhyRWqBQmuJSmmgBHzTsFo-lOUm6QN54GrW7dq5&utm_content=87102052&utm_source=hs_email [consulté le 15 mai 2020].
  8. « Rien ne garantit encore que les personnes guéries sont immunisées, avertit l’OMS ». https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1697351/pandemie-infection-guerison-maladie-contagion-epidemie [consulté le 15 mai 2020].
  9. Pauline Gravel, « Des traitements développés à partir d’anticorps », Le Devoir, 19 mars 2020. https://www.ledevoir.com/societe/science/575256/un-traitement-quebecois-developpe-a-partir-d-anticorps [consulté le 15 mai 2020].
  10. « COVID-19 : Le candidat médicament qui ferme la porte au virus », https://www.santelog.com/actualites/covid-19-le-candidat-medicament-qui-ferme-la-porte-au-virus [consulté le 15 mai 2020].
  11. Floriane Valdayron, « Un médicament pourrait bloquer le SARS-CoV-2 avant qu’il n’infecte les cellules » https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/32033-Un-medicament-pourrait-bloquer-SARS-CoV-2-qu-il-n-infecte-cellules [consulté le 15 mai 2020].
  12. « Le remdesivir, un médicament qui aide les patients à se rétablir du COVID-19 ». https://www.science.lu/fr/le-remdesivir-un-medicament-qui-aide-les-patients-se-retablir-du-covid-19 [consulté le 15 mai 2020].
  13. Julie Charpentrat, « Chloroquine, hydroxychloroquine et COVID-19 : où en est-on? », Le Soleil, 26 mars 2020. https://www.lesoleil.com/actualite/science/chloroquine-hydroxychloroquine-et-covid-19-ou-en-est-on--07ec60e705f14d6730ec8e5bc1a2f6fe [consulté le 15 mai 2020].
  14. Philippe Mercure, « Des chercheurs québécois testeront un médicament contre les complications graves », La Presse, 22 mars 2020. https://www.lapresse.ca/covid-19/202003/22/01-5265931-des-chercheurs-quebecois-testeront-un-medicament-contre-les-complications-graves.php [consulté le 15 mai 2020].